‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 86 sur 809 · SCENE PRE.MIERE · texte numérisé non relu

SCENE PRE.MIERE

MADAME CHARLOTTE, FRITZ, assis près du comptoir à droite.

MADAME CHATiLOTTE, entrant par la porte à gauche. Quel événement! j'ensuis encore indignée! compromettre la réputation, l'honneur de ma maison! car cela se répandra, j'en suis siire; la vertu des lingères et des modistes a déjà eu tant de peine à s'élahlir, qu'une pare Ile aventure n'est pas faite pour augmenter la confiance.

FRITZ, toujours assis. Je n'en puis revenir encore.

MADAME CHARLOTTE. Eh liicu ! mou pauvre monsieur Fritz...

FRITZ. Eh hicn! madame Charlotte, qu'en ditL'S-\ous?

MADAME CHARLOTTE. Je dis quc Cela ne m'étonne pas.

que je l'avais toujours prévu; mais j'étais dans ui:e si singulière position! Une jeune veuve, votie voisine, maltresse comme vous de ma liberté, et d'une fortune indépendante, vous auriez pu mo supposer des idées; A moi, dos idées, grand Dieu I voilà pourquoi je ne vous disais rien de mes soupçons.

FRITZ. Vous m'en parliez toute la journée.

MADAME CHARLOTTE. C'était douc malgré moi, et vous voyez si j'avais tort. Une demoiselle de comptoir, élevée comme une princesse; la lecture, le dessin, la musique; toujours dans l'hôtel de ce chamhellan où madame de Saldorf l'avait prise pour demoiselle d honneur, et je vous demande comme ce titre lui allait bien!

FRITZ. Deux amants à la fos !

MAD.\ME CH.4RL0TIE. Elevée dans lo grand monde , elle en a pris les manières. Il faut dire aussi, pour l'excuser, car moi je ne demanderais pas mieux, qu'il était bien difficile de résister au comte do Lowenstcin : un jeune seigneur si brave, ti riche, si généreux ! car hier, dans un instant qu'il est resté ici, Il a acheté pour deus ou trois mille florins de tissus et de cachemires qu'on ne lui a même pas encore envo.vés. Et vous pensez bien que ce sont là des moyens de séduction, même auprès de grandes dames qui y .sont failes; à plus forte raison avec des vertus qui n'en ont pas l'habitude.

FRITZ. Eh morbleu! qu'importe'? il n'en est ]ias moins vrai qu'avec tout cela je suis abandonné, que je suis!.. Enfin, madame Charlotte, je suis trahi, c'est un fait.

MADAME CHARLOTTE. Je ne dis i)as non.

FRITZ. Et ce qu'il y a d'incompréhensible, c'est que celt,' perfide, je l'aimais autrclois. Eh bien I depuis sa trahison, je crois que je l'aime encore plus!

MADAME CHARLOTTE. Eh mon Dicu! ces pauvres hommes sont toujours comme cela.

FRITZ. C'est comme une fièvre, avec des redoublements de rage; et vous, qui vous y connaissez mieu.\ que moi, qu'est-ce qu'il y a à faire dans ces états-là?

MADAME CHARLOTTE. 11 y a bien des partis à prendre.

FRITZ. Mais enfin, si vous étiez à ma place, que feriezvous'?

MADAME CHARLOTTE. Co qUO jC ferais?

DUO

Bannissant la tristesse.

Bannissant les regrets, J'oublirais ma tendresse, Et gaiment j'en rirais.

FRITZ

Vous croyez qu'il faut rire?

MADAME CHARLOTTE

Il faut rire avec nous,

Et puis surtout vous dire...

FRITZ

Voyons, que diriez-vous?

MADAME CHARLOTTE

Je me dirais : Lorsque l'on est aimable. Jeune, riche et galant, Un accident semblable N'a rien de désolant.

FRITZ

Lorsque l'on est aimable, etc.

MADAME CHARLOTTE

Fuyant une traîtresse Indigne de mon cœur, Prés d'une autre maîtresse, Pour trouver le bonheur, J'oll'rirais ma tendresse.

Ma fortune et ma main.

FRITZ

Ma fortune et ma maia?

MADAME CHARLOTTE

Rien qu'à cette nouvelle.

Je vois votre infidèle Expirer de chagrin!

FRITZ

Exjiirer de chagrin!

LA FIANCÉE

ENSEMBLE

FRITZ

Douce cspéi ance !

Ali! quand j'y pense.

Que la vengeance Offre de plaisir!

Oui, cœur volage.

Ce mariage Où l'on m'engase Va te punir.

MADAME CHARLOTTE

Douce espérance !

Ah! quand j'y P' nse. Que la vengeance Oftre du plaisir !

Oui, du courage!

Celle volage Qui vous outrage.

Il l'aut la punir.

FRITZ

Mais où trouver cette autre liUe, Si sage et surtout si fidèle?

MADAME CHARLOTTE

Oh! c'est facile, en chercliant bien.

FRITZ

Pour moi, je cherche et ne vois rien.

MADAME CHARLOTTE, baissant les yeux.

11 est mainte femme sensible Qui peut-être, depuis longtemps.

Esclave d'un devoir péuiblOj Cache ses secrets sentiments.

FRITZ

Grand Dieu! qu'ai-je entendu?

MADAME CHARLOTTE

Oui, son ime pudique et Uëre Aime mieux souffrir et se taire.

FRITZ

0 comble de vertu!

Mais dans le doute, hélas! encor je flolle, Et je ne puis croire à tant de bouheur. Vous m'aimeriez, vous, madime Charlutle?

MADAME CHARLOTTE

Ah! j'ai trahi le secret de mon cœur!

FRITZ

Eli bien! t;int mieux, l'occasion est belle. C'est le moyen d'oubUer l'infidèle.

Pour la punir, je prétends, devant elle, Vous épouser, quand j'en devrais mourir, Oui, oui, oui, quand j'en devrais mourir!

FRITZ

Douce espérance!

Ab! quand j'y pense, Que la vengeance Olfie de plaisir!

Etc., etc.

MADAME CHARLOTTE

Douce espérance!

Ah! (luand j'y pense.

Que la vengeance Offre de plaisir !

Etc., etc.

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