DEUX SONNETS DE MICHEL-ANGE
Dante, voyageur sombre au ténébreux abîme, De l'un et l'autre enfer traversa le milieu ; Et de là, comme un aigle en son essor sublime. Vivant, il s'éleva par l'esprit jusqu'à Dieu.
La double éternité des vertus et du crime, La Géhenne sans fond, le triangle de feu, Il nous dévoila tout, poëte magnanime!...
On sait quel prix ingrat il obtint en tout lieu I
Le monde ne sut point comprendre et sentir Dante, Ni le sincère amour de sa nature ardente Pour ce peuple, du Beau spectateur dénigrant;
Et toutefois, que n*ai-je une semblable viel J'aurais à tous les biens que l'univers envie Préféré son exil avec son cœur si grand l
Seul, dans un frêle esquif, sur une onde en furie. Fatigué, vers le soir, j'arrive au port fatal Où tout homme, en quittant sa mortelle patrie. Doit compte au Très-Parfait de ce qu'il fit de mal.
Je reconnais combien, dans mon idolâtrie.
Pour l'art et la beauté, j'errais sans vrai fanal; Car, dans notre âme sainte et pour le ciel nourrie, Tout sentiment terrestre est frivole ou brutal.
Pensers d'amour si doux, extase renaissante, Qu'êtes-vous maintenant que j'approche deux morts. Deux morts, l'une certaine et l'autre menaçante.*
Marbre et pinceaux n'ont plus un charme que je sente ; Je suis tout à ce Dieu, pitoyable au remords. Qui nous ouvre ses bras sur la croix gémissante.