SUR UN BERCEAU
C'est aujourd'hui ton saint baptême.
Heureux enfant ; De l'originel anathème
Il te défend.
Ton aveugle raison l'ignore.
Bouton fermé.
Qu'on arrose et qui doit éclore
Tout parfumé !
A ta mère, joyeux de naître,
Tu tends les bras ; Bientôt, venant à la connaître.
Tu l'aimeras.
Plus tard, ouvrant ton aile blonde.
Jeune vainqueur, Tu t'envoleras vers le monde, • L'espoir au cœur.
Le monde est grand... et l'âme humaine
Plus grande encor ; . Elle a l'Infini pour domaine.
Dieu pour trésor.
Aux flots troublés elle s'abreuve
Un seul été ; Puis, après la rapide épreuve,
L'Éternité !
L'Éternité, gouffre des âmes.
Où tout se fond ; Fleuve de lumière... ou de flammes,
Sans bords ni fond;
Des intarissables délices
Centre divin ; Ou cercle immense de supplices,
Tournant sans fin ;
Selon qu'on a suivi la route
De l'humble foi.
Ou l'oblique sentier du doute,
Ivre de soi ;
Selon qu'en passant sur la terre
On a marché Avec la vertu salutaire
Ou le péché ;
Selon qu'on a trempé sa vie De charité,
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Ou qu'on eut de haine et d'envie Le cœur gâté ;
Selon qu'on admit à sa table
Les indigents, Ou qu'on s'enfermait, intraitable
Aux pauvres gens.
Ne voyons que la diflTérence
Du mal au bien, Et non la joie ou la souffrance
Qui ne sont rien ;
Car, au sein de la nuit suprême
Quand nous tombons, Un cri descend, pour tous le même :
« Fûtes-vous bons? »
Cependant, par l'e'au du baptême
Le front lavé.
De l'originel anathème
Enfant sauvé,
Reprends les baisers de ta mère.
Son lait aussi ; Joue et souris... la coupe amère
Est loin d'ici.
Dieu, qui bénît tes deux familles
De plus en plus, Eut toujours leurs fils et leur filles
Dans ses élus.
Enfant, pour rester sous sa garde
Et dans sa loi, Lorsque tes yeux verront, regarde
Autour de toi!