A SALVADOR CHERUBINI
LU SUR LE THSATRB DB L'OpéRA-COMIQUB POUR LA REPRISE DES « DEUX JOURNÉES », LB LENDEMAIN DB SA MORT
Fraîches comme autrefois, ainsi les Deux Journées, Où le maître a versé le printemps de son cœur, Après quarante hivers sont encor couronnées... O triomphe incomplet où manque le vainqueur I Hélas l du froid sommeil, au bruit de nos louanges. Il dort, Cherubini I lui qu'avec tant d'amour Le ciel dota du nom et de la voix des anges.
Rien n'a pu le sauver du départ sans retour I
Mais quoi! tes chefs-d'œuvre demeurent l Puis, quand tu t'éloignais sur la voûte du ciel, Ingres prit ses pinceaux des mains de Raphaël,
Pour te rendre aux yeux qui te pleurent...
Te voilà deux fois immortel l
Cette gloire est à nous. — Un soir, de sa Florence Quittant les grands palais, le jeune Salvador,
A SALVADOR GHËRUBINI. 225
Sublime déserteur, s'en vint à notre France Demander des échos avec sa lyre d'or.
De Tastre florentin levé sur notre école,
Que de phases, voyez! ont varié le cours!
C'est le drame d'abord — les fureurs, les amours,
Toutes les passions de la jeunesse folle,
Les tortures de l'âme en lutte avec le corps ;
L'ardent Cherubini les traduit en accords,
Et les lance au théâtre, où sont d'autres orages.
Alors Anacréon, l'Hôte de Samt-Bemard,
Lodoîska, Médée ou les Abencerrages,
Revivent évoqués par un coup de son art.
Puis, il franchit le Rhin avec eux, sans naufrages.
Et du vieux Hayden, un jour à son aspect.
Le front déjà courbé s'inclina de respect...
Après un tel triomphe, il n'en rêve plus d'autres,
Il se voue à prêcher l'art pur — et, tel qu'un Dieu,
Pour élèves bientôt il n'a que des apôtres.
— 11 ne pouvait pas fuir la gloire — Boïeldieu,
Qui, trop jeune, au séjour des âmes le précède;
Auber, qui noblement aux honneurs lui succède ;
Halévy, qu'il nomma son cher fils; et vous tous
Dont les talents aimés grandissent parmi nous;
Cherubini, voilà tes ouvrages encore.
Et, comme des plus beaux, ton orgueil s'en décore!
Mais l'âge est arrivé; — le maître, sous nos yeux. Se transforme et, rempli d'une pieuse sève.
L'arbre de son génie avec son cœur s'élève.
Et va, par ses rameaux, s'enraciner aux cieux. Plus de mondains accents, plus d'harmonie humaine; Tout aux hymnes sacrés, l'église est son domaine. Il monte, pour Dieu seul, sur un mode inconnu. Sa lyre que n'éveille aucun souffle profane, Et la' mystique fleur, qui jamais ne se fane, Vient d'elle-même éclore à son front pâle et nu.
Aussi, lorsque, fuyant ses chaînes refroidies. Ton âme entra, sereine, aux portiques divins,
Par tous les élas applaudies.
Tu retrouvas tes mélodies Sur les harpes des séraphins!
Maintenant, au milieu de tes amis sans nombre, Permets qu'un seul moment, sur cet autel des arts, Avec tes propres chants nous rappelions ton ombre, Compagne, dans les cieux, des Glucks et des Mozartsl