‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 17 sur 170 · LE POETE · texte numérisé non relu

LE POETE

C'est le sort des pasteurs, hélas ! que je souhaite.

Un orage éternel tourmente le poiëte!...

Vous, conservez longtemps, oh! conservez toujours

Et vos mâles labeurs et vos chastes amours.

Et les jeux au foyer, les siestes aux collines.

Et des antiques mœurs les sages disciplines.

Je ne sais quels ennuis, quels troubles dévorants, i.

Et pourtant, aux faveurs des Phrynés, des tyrans,

Je ne vends pas les dons que m'accorde la Muse !

Vieillard, tu le connais, au nord de Syracuse,

Ce vieillard, au cœur jeune, au regard inspiré, Des sages, des enfants et du temps révéré, Les ans, sans la blanchir, ont passé sur sa tête; Il est mon père, et moi, car demain est sa fête, Je venais, d'Erato sollicitant l'appui, Inventer sur la lyre un chant digne de lui. Qui, doux et caressant son oreille ravie, Expliquât notre amour en rappelant sa vie :

« Amour et gloire à toi ! c'est toi qui, dans tes fils, Et de Tâme et du corps guidas la double enfance; Sous ton aile du sort nous bravions les défis. Toi, de notre faiblesse, ô Tunique défense I Tu donnas le bonheur, le bonheur t'est bien dû; C'est un prêt généreux que nous t'aurons rendu. Quand un ruisseau, grossi dans sa grotte profonde, S'est élancé, creusant ses rivages, soudain Jaillissent, près de lui, comme dans un jardin. Mille arbrisseaux nourris des bienfaits de son onde. Us grandissent enfin et, penchés sur ses eaux, De leur ombre pieuse ils protègent la source. Qui bientôt eût langui dans son lit de roseaux. Sous les feux du Cancer, ennemi des ruisseaux. Leur feuillage entretient la fraîcheur de sa course. Et, balançant leurs fronts, de rosée inondés, Ils fécondent les flots qui les ont fécondés 1... »

Apollon, sur ma lyre, oh! par pitié, secoue

Ta chevelure d'or où le laurier se jouel

Jette un rayon sur moi ; c'est pour mon père...

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