AU PEUPLE ROMAIN
Qud, quà, scelesli, ruilis, etc.
Arrêtez! arrêtezl où courez-vous, barbares?
Tous, le glaive nu dan^ la main !
Quoi ! Neptune et ses bords avares Ne sont-ils pas rougis d'assez de sang romain?
Encor, s'il eût coulé dans les murs de Carthage Aux feux latins abandonnés! *
Ou pour conduire, insigne otage.
Dans le chemin sacré les Bretons enchaînés !
Mais non (et pour le Parthe, ô Rome! quelle joie!) Dans ton sang ton bras s'est plongé !...
L'ours de l'ours ne fait pas sa proie.
Le tigre ne meurt point par le tigre égorgé.
Romains, qui vous égare? Est-ce un démon farouche?
Le crime ? une aveugle fureur?
Parlez. — Ils se taisent, leur bouche Tremble; leur front stupide a pâli de terreur.
N'en doutons plus; Rémus, victime fraternelle, Dénonça Rome aux dieux puissants, De qui la vengeance éternelle
-Poursuit le meurtrier sur ses fils innocents!
A GROSPHUS
Otinm divos, etc.
Lorsque la sombre nuit, de tempêtes chargée, Dérobe aux matelots leurs guides radieux, Le voyageur, battu par les flots de l'^Egée, Demande le repos aux dieux.
Que demande, Grosphus, et la Thrace indomptée, Rt le Mède aux longs dards? c'est le repos encor, Que Ton n'achète point par la perle argentée, Ni par la pourpre ni par l'or.
Non ; les trésors des rois, les faisceaux consulaires N'écartent point des cœurs les soucis abhorrés. Noir essaim, qui, fuyant les chaumes populaires. Vole sous les plafonds dorés.
Heureux qui sait orner la table paternelle De la salière antique et d'humbles fruits vermeils I L'avarice et la peur, sa compagne éternelle.
N'abrègent point ses doux sommeils.
Pourquoi charger de soins nos heures passagères? Sous des astres nouveaux pourquoi tant s'agiter? Quel sombre fugitif aux rives étrangères A pu soi-même s'éviter?
CINQ ODES D»HORACE. Go
Il part sur un coursier!... le chagrin monte en croupe, Plus prompt que le vautour qui fond du haut des airs ; Il fuit dans un vaisseau I — le chagrin, sur la poupe. Avec lui traverse les mers.
Jouissons des plaisirs où l'heure nous convie; Gardons-nous d'attrister le douteux avenir, Il n'est point de bonheur complet que, dans la vie, Aucun mortel puisse obtenir.
Le Styx du grand Achille emporta la jeune ombre ; Tithon meurt lentement par un long âge usé; Le destin de mes jours pourra grossir le nombre D'un jour à tes vœux refusé.
A toi les gras troupeaux, paissant les molles herbes. Cent vaches de Sicile et deux mille brebis I Tu dresses pour ion char les cavales superbes, La pourpre enflamme tes habits;
Moi, je tiens de la Parque, obligeamment avare. Un domaine borné, mais l'amour des neuf Sœurs Un peu du souffle grec, avec le don si rare De rire des malins censeurs.
A OUINTIUS
Quid bellicosus Cantaber, etc.
Laisse, cher Quintius, les complots que prépare Le belliqueux Cantabre en ses rochers lointains. Ou le Scythe cruel que, de nos bords latins,
L'onde Adriatique sépare.
A quoi bon tant de soins avec si peu de jours? La jeunesse s'enfuit, et déjà, sur ses traces,
L'âge arrive chassant les grâces, Et le sommeil facile et les folles amours.
66 OËUVRESD'ÉMILE DESCHAMPS.
Les fleurs n'ont qu'un trésor de beauté passagère ; Phœbé montre et tantôt cache son front d'argent; Pourquoi dans l'avenir chercher en t'afBigeant
Des mots que la crainte exagère?
Que n'allons-nous, — tandis qu'unjour nous est donné, Sous l'ombre de ce pin ou de ce haut platane,
Parfumés du nard d'Ecbatane, Boire à longs traits, le front de roses couronné!
Bacchus dissipé au loin les douleurs incertaines. — Enfants, prenez la coupe et le vase écumeux ; Qui de vous plongera le falerne fumeux
Dans les fraîches eaux des fontaines? — Qui va chercher Lydé dans son réduit charmant? Ah! courez! qu'elle vienne avec son luth d'ivoire.
Et, comme à Sparte, en tresse noire.
Ses ondoyants cheveux noués négligemment !