‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 43 sur 170 · LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER

— « Vous êtes plus blanche, ô ma reine, Que la lune, en son beau sommeil ; Votre joue, ô ma souveraine.

Est rose, il faut qu'on vous l'apprenne, Comme la fraise, au teint vermeil I

a Mais on cueille la fraise mûre...

Voilà bientôt sept ans, oui sept, Que je n'ai quitté mon armure; Je la quitterai sans murmure, Si vous dénouez ce lacet.

« Oh I je la passerai, ma belle, Avec vous je la passerai.

Cette nuit que mon cœur appelle, Depuis le jour où la chapelle Vous vit, fort maussade, il est vrai,

« Votre main dans celle du comte, Lui jurer bien bas ce grand oui.

Dont le bon époux fit son compte, Et dont, à ce que l'on raconte.

Il est toujours plus réjoui. —

« C'est assez pour lui d'allégresse, C'est assez de gloire pour lui. — J'ai rêvé sur les mers de Grèce

100 CEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

Que sa femme était ma maîtresse...

Est-ce un rêve encore aujourd'hui?

« J'ai vu de bien belles esclaves

Dans les marchés de Bassora ;

Leurs yeux noirs domptent les plus braves,

Et de saints évêques très-graves

Se battent à qui les aura.

« Eh bien ! je ne leur ai pas même Touché le bout du petit doigt; Mon cœur a fait un long carême, Jeûnant pour la dame qu'il aime, Comme un bon chevalier le doit.

« Donc, si par votre souvenance.

Chaste j'ai pu me conserver.

J'arrive, en sainte continence.

Pour que, de mon vœu d'abstinence, On daigne enûn me relever. »

LÀ DAME

— «C'est le moins qu'on vous en dispense...

Tant souffrir, par pure amitié.

Beau sire I et cela, quand j'y pense.

Reste encore sans récompense I Sainte Vierge! c'est grand'pitié !

« Passez, passez là sans alarmes.

Chevalier, n'ayez nul souci, Et très-vite quittez vos armes...

J'ai versé sans vous bien des larmes ; Priez-moi, je dirai : merci.

« Le comte, ma joie est bien vraie, Est en chasse aux monts d'Aragon. — Que ses chiens, qu'aucun loup n'effraie, Meurent enragés I... que l'orfraie Mange les yeux de son faucon !

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