‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 84 sur 170 · LYRE CAPTIVE · texte numérisé non relu

LYRE CAPTIVE

La gloire comme un beau fantôme M'apparut ; son doigt immortel Me montrait, dans le noir royaume, Une palme, un sceptre, un autel.

J'adorai ses promesses vaines, Son feu s'alluma dans mes veines.

Je crus l'affreux oubli vaincu...

Et mon nom s'éteint sans mémoire.

Et je mourrai sans que la gloire Ait raconté que j'ai vécul

D'obscurs travaux de mon délire

Tiennent les élans enchaînés.

Et je ne dirai qu'à ma lyre

Mes vers à l'oubli destinés.

Telle, au fond d'un bois, Philomèle

A ses petits, craintifs comme elle,

Enseigne des airs ignorés ;

Ou tel, un oranger sauvage

Laisse tomber sur le rivage

Sa fleur blanche et ses fruits dorés.

Souvent, oh! bien souvent encore.

Je vois, du sein de mes ennuis.

Un ange, qu'un laurier décore, Passer à l'horizon des nuits. Fuis, bel ange de poésie.

Avec ta coupe d'ambroisie.

Avec ton prisme radieux; Fuis, ne regarde pas l'asile Où ma jeunesse, en pleurs, s'exile, Sans chanter même ses adieux !

Page 1