LYRE CAPTIVE
La gloire comme un beau fantôme M'apparut ; son doigt immortel Me montrait, dans le noir royaume, Une palme, un sceptre, un autel.
J'adorai ses promesses vaines, Son feu s'alluma dans mes veines.
Je crus l'affreux oubli vaincu...
Et mon nom s'éteint sans mémoire.
Et je mourrai sans que la gloire Ait raconté que j'ai vécul
D'obscurs travaux de mon délire
Tiennent les élans enchaînés.
Et je ne dirai qu'à ma lyre
Mes vers à l'oubli destinés.
Telle, au fond d'un bois, Philomèle
A ses petits, craintifs comme elle,
Enseigne des airs ignorés ;
Ou tel, un oranger sauvage
Laisse tomber sur le rivage
Sa fleur blanche et ses fruits dorés.
Souvent, oh! bien souvent encore.
Je vois, du sein de mes ennuis.
Un ange, qu'un laurier décore, Passer à l'horizon des nuits. Fuis, bel ange de poésie.
Avec ta coupe d'ambroisie.
Avec ton prisme radieux; Fuis, ne regarde pas l'asile Où ma jeunesse, en pleurs, s'exile, Sans chanter même ses adieux !