‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 96 sur 170 · L'ANE ET LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

L'ANE ET LE ROSSIGNOL

FABLB

( Poésie russe. — k ri l o f f )

Un âne (il s'en trouve partout) Se promenait dans un bocage.

N'admirant pas et mangeant le feuillage; Il jouissait bêtement, mafe beaucoup.

Voilà qu'il aperçoit, retiré sous Tombrage, Un rossignol. — Soudain, Prenant son air badin :

« Ah I c'est toi ! salut, mon confrère.

Se met-il galamment à braire.

Tu chantes, m'a-t-on dit, comme un petit Martin : Voyons, de ton gosier déroule les merveilles. Devant moi tu peux tout chanter :

Je suis digne de t'écouter; Regarde plutôt mes oreilles I »

Soudain le chantre du printemps Éleva dans les airs sa voix sonore et tendre : Il pressait, suspendait ses concerts éclatants : Il chantait le plaisir, puis gémissait longtemps. i

fit les oiseaux groupés se taisaient pour l'entendre, Et les vents s'arrêtaient, et les troupeaux charmés Oubliaient Tonde fraîche et les prés embaumés ; Et, guidant ses amours sous l'ombre bocagère. Le pâtre, plus hardi près d'un sein plus troublé. Soupirait, sur les chants du troubadour ailé. De longs aveux plus doux au cœur de sa bergère.

L'oiseau divin a fini sa chanson.

L'âne aussitôt : « Pas mal. Nous ferons quelque chose.

Fort bonne qualité de son !

Qui sait? tu deviendrais peut-être un virtuose. Si notre coq t'avait donné quelque leçon.

C'est lui qui chante, oh I ohl d'une belle façon I... »

Contre l'arrêt grotesque implorant un refuge. Le pauvre rossignol, loin, bien loin s'envola;

Et dans les déserts s'en alla Chanter pour les échos et non pour un tel juge.

Vous êtes parmi nous des rossignols aussi,

Poètes ; fuyez les profanes; Chantez, mais à Técart ; hélas ! dans ces temps-ci. Qui trouvez-vous souvent pour vous juger? — Des ânes !

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