‹ Œuvres Completes De Emile DeschampsChapitre 135 sur 167 · LÉONOR, SPADONI · texte numérisé non relu

LÉONOR, SPADONI

SPADONI, arriraot et cherchant.

J'y suis enfin!

Il aperçoit Léonor.

C'est elle!... Ils sont en mon pouvoir.

LÉONOR, reyenant.

Spadonil... que vois-je!...

SPADONI

Oui... la belle fugitive...

C'est lui-même.

LÉONOR

Grand Dieu! vous ici! toujours vous!...

Regardez vos amis avec des yeux plus doux!

LÉONOR

Le duel...

SPADONI

Le duc dans Rome en ce moment arrive.

LÉONOR

ciel!...

SPADONI

Un nouveau titre ajoute à sa grandeur :

Enfin près du saint-siége il est ambassadeur !

LÉONOR

Qui? lui!... l'ambassadeur !...

SPADONI

D'où vient cette surprise?

LÉONOR

Eh quoi! me suivra-t-il partout, jusqu'au trépas, Comme un démon fatal qui s'attache à mes pas?

S P ADO NI, doucereux.

Ingrate Léonor, quand vous quittez Venise, Est-il donc étonnant que nous n'y restions pas?

Duo,

LÉONOR, à part.

De terrej^r malgré moi je me sens oppresséel

SPADONI

Allons plus de triste pensée l

LÉONOR, à part.

A mes yeux tout à coup s'est voilé l'avenir.

SPADONI

Voyez le brillant av^enîr!

LÉONOR

Le courage est éteint dans mon âme glacée.

mon rêve d'amour es-tu près de finir ?

SPADONI

Avec vos beaux yeux, à .'votre âge, Doit-on se désoler ainsi ?

Voyez, en reprenant courage.

L'honneur qu'on vous apporte ici!

ENSEMBLE

LÉONOR

De terreur, malgré moi, je me sens oppressée; A mes yeux tout à coup s'est voilé l'avenir; Le courage est éteint dans mon âme glacée, mon rêve d'amour, es-tu près de finir?

SPADONI

Loin de vous, belle enfant, toute sombre pensée; Quand l'espoir vous sourit, n'allez pas le bannir ; Un seul mot, et soudain la fortune empressée Par ma voix vous assure un brillant avenir!

SPADONI, seul.

Calmez, calmez, le trouble de votre âme ;

Le duc mon maître est un noble seigneur; Oui, sa largesse éclate avec sa flamme.

Que de beautés brigueraient cet honneur !

LÉONOR

Moi, je le fuis, et la pauvre orphelide N*a qu'un amour que doit suivre l'hymen.

SPADONI

Sait-on quel sort Pesaro vous destine !

Pour un aveu s'il vous ofiTrait sa main!...

LÉONOR

Oh I que m'importe I

SPADONI

Eh quoi, donc I la richesse Et la splendeur...

LÉONOR

Sans l'amour ce n'est rien.

SPADONI

Et s'appeler madame la duchesse?

LÉONOR

Non! noni

SPADONI

Ainsi vous refusez? fort bienl...

Va, va, fuis ma présence.

Quitte ces lieux que tu flétris;

Plus haut que la puissance

Déjà mon cœur s'élance; Du grand chanteur il est épris I Haine à ton maître, à toi mépris!

Haine et mépris !

SPADONI

Eh quoi! pour vous unir au sort d'un misérable,

Vous rejet tez un hymen glorieux?

Vous savez de quel crime il s'est rendu coupable?

LÉONOR

Il a SU s'affranchir d'un pouvoir odieux, Et pour cela je l'aime I

SPADONI

Tremble au moins pour lui-même !

Son maître est là!

LÉONOR

L'autel m'attend l

SPADONI, avec instance.

Écoute-moi I

LÉONOR

Traître, va-t'en I

ENSEMBLE

LÉONOR

Va, va, fuis, etc.

SPADONI, à part.

Quoi! l'on refuse de m'entendre!

On ose parler de mépris!

Ah I dans le piège qu'on va tendre, Oui, tous les deux vpus serez pris!

LÉONOR

Dans notre exil plus de souffrance, A vous la honte et le regret; D'un tendre hymen j'ai l'assurance.

Notre bonheur est votre arrêt I

SPADONI

On t'apportait une espérance.

Tu n'auras plus qu'un vain regret; Il maudira ta préférence.

Et ton refus est son arrêt

Léonor sort.

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