SCÈNE II
LE ROI, CORDÉLIA, sur le devant de la scène, EDGAR, se tenant à l'écart.
Trio sans accompagnement,
CORDÉLIA, s'adressent à Edgar.
Te voilà donc, mon ange I
A mes regards tout change.
Ah! quelle joie étrange
S / S'empare enfin de moi !
w \ De la prudence encore.
H f Montrant le roi.
Oui, ma pitié t'implore,
OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.
Et quand mon cœur t'adore, 11 vole seul vers toi !
EDGAR, de loin.
Te voilà donc, mon ange, A mes regards tout change !
Un seul instant me venge Des jours perdus sans toi.
Faut-il languir encore I Mon cœur tremblant tMmplore ; Mais quand ce cœur t'adore.
Que ne viens-tu vers moi ?
LE ROI, à Cordélia.
Quel est ce charme étrange?
Sois toujours là, mon ange.
Quand tu souris, tout change ; La paix descend sur moi, Plus près, plus près encore!
Mon cœur troublé tMmplore.
Ce pauvre cœur t'adore Et s'éteindrait sans toi !
FIN DU TRIO
Récitalif.
LE ROI, à demi-Yoix, appayé sur Cordélia.
Ah!... je cède, enchaîné par un pouvoir magique!
Cordélia soutient le roi et le conduit yen le grand siège, où il s'étend et s'assoupit.
EDGAR
Dieu! qu'est-ce donc?
CORDÉLIA
Parfois, un sommeil léthargique Engourdit son âme et son corps.
Mais bientôt à la vie il renaît sans efforts.
Elle revient précipitamment Ters Edgar.
CORDÉLIA. 209
Duo.
CORDÉLIA, EDGAR, aax bras Tun de Fautre
cd / Viens sur mon cœur, jour plein de charmes! tt l Après l'absence et les alarmes ^ ^ Le bonheur seul aura des larmes!
m I Doux pleurs des cieux §\ Baignez mes yeux!
Transition,
CORDÉLIA
Quel Dieu l'amène ici?
EDGAR
Le bruit court dans l'armée Qu'entre vos sœurs et leurs traîtr3s époux Le roi veut partager ses états, et que vous,
Cordélia, ma bien-aimée.
Vous servez de victime à leurs complots jaloux.
CORDÉLIA
Quoi? mon père...
EDGAR
Abusant de son trouble funeste, Régane a tout conduit... un seul espoir vous reste.
CORDÉLIA
Et lequel?
EDGAR
Notre hymen secret.
On m'a fait chevalier et l'autel est tout prêt.
Andanle,
EDGAR
Aux transports, dont je m'enivre, Que ton cœur enfin se livre.
Si tu tardes à me suivre.
Qui pourra te protéger?
2i0 OEUVRES D'EMILE DESCHAMPS.
GORDÉLIA.
Aux transports dont il s'enivre Malgré moi mon cœur se livre, Cher Edgar, faut-il te suivre ?
Ah ! partout peine et danger!
Transition,
EDGAR
Viens !
GORDÉLIÂ.
Que faire?
EDGAR
Suis-moi sur l'heure!
LE ROI, endormi.
Ma mie! {his).
GORDÉLIA.
Ciel î
LE ROI, toujours endormi.
Je t'aime !
EDGAR
Allons!
GORDÉLIA.
Non, je demeure! Je me dois à lui seul.
EDGAR
A lui seul ? que dis-tu?
GORDÉLIA, montrant le roi assoupi.
Vois ce noble prince abattu !
EDGAR
Vois mon amour!
GORDÉLIA.
Le fuir? — Veux-tu qu'il meure?
GORDÉLIA.
Moi, fuir? veux-tu qu'il meure?
BNSEMBLE.( '
EDGAR
Et veux-tu que je meure?
CORBÉLIÂ. 211
GORDÉLIÂ.
Ah I prouvons que l'amour est encor la vertu !
Allégro,
CORDÉLIA, entraînant Edgar et montrant le ro'.
Ahl jurons sur sa tête :
Point d'hymen I point de fêtel Sa souffrance m'arrête, Mais ton cœur a ma foi.
funeste courage I D'un fidèle veuvage Ma douleur est le gage.
Que Dieu sauve le roi !
EDGAR, répondant.
Ton exemple m'arrête, Point d'hymen ! point de fête J'en fais vœu sur sa tête.
Mais je meurs sous ta loi.
funeste courage I D'un fidèle veuvage Ma douleur est le gage...
Que Dieu sauve le roi !
Transition.
Le ciel bénit un sacrifice Qui du roi prolonge les jours.
EDGAR
divine justice Veille sur mes amours!
Reprise de r allégro j avec quelques changements
de paroles.
ENSEMBLE. 4
Ils échangent lears anneaux.
GORDÉLIA.
Oui, jurons sur sa tête ; Point d'hymen ! point de fête !
Sa souffrance m'arrête, Mais ton cœur a ma foi!
funeste courage!
D'un fidèle veuvage Prends et donne le gage...
Que Dieu sauve le roi !
EDGAR
Sa souffrance m'arrête.
Point d'hymen I point de fête I J'en fais vœu sur sa tête, Mais je meurs sous ta loi I funeste courage !
D'un fidèle veuvage Prends et donne le gage...
Que Dieu sauve le roi 1