LA LÉGENDE DE KANNOU
Vint aider la sirène à regagner les ondes,
Et celle-ci lui dit, sortant de Peau son cou :
« Commande : que veux-tu ? de rien ne t'embarrasse ;
Tout ce que tu voudras tu l'auras sans effort.
— Je ne suis qu'une pauvre; et Dieu m'a fait la grâce D'être jusqu'à présent contente de mon sort; Je ne veux rien pour moi que ma claire faïence; Mais j'ai mon fils, le fils de mon pauvre homme mort, Et je voudrais pour lui l'esprit et la vaillance. »
La sirène plongea dans la mer qui s'enflait, Gomme un léger bateau chavirant sur sa quille, Et reparut très-vite avec une coquille Où moussait un breuvage aussi blanc que du lait.
« Femme, voici, dit-elle, un philtre, mais écoute : Cette boisson, gardée exprès pour ton enfant. Fais qu'il la prenne à jeun, et qu'il la boive toute. Sans qu'à personne au monde il en laisse une goutte; Voilà ce que j'ordonne et ce que je défend. De la sorte, il sera charmant et triomphant. »
Son philtre dans la main, alors la pauvre veuve. S'en revint ; mais craignant qu'un sort ne s'y cachât, Elle n'y hasarda l'enfant qu'après épreuve Et fit d'abord goûter le breuvage à son chat.
Op, quelques jours plus tard, comme elle allait encore
Sur le bord de la mer, la sirène lui dit :
« Tu m'as manqué de foi, le mal en doit éclore :
Tout ce que j'ai béni, femme, sera maudit. »
Puis Bile disparut aux algues du rivage.
De la prédiction sortit l'événement.
L'enfant, le* chat, tous deux sentirent promptement Les contraires effets du magique breuvage.
Prenant une croissance énorme avant le temps, Rannou devint si fort qu'à l'âge de huit ans,
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Il arrêtait un grand moulin d^une main seule, Et jouait au palet avec sa grosse meule.
De son côté, le chat acquit dans la maison Un esprit au-dessus de l'humaine raison ; Mais, comme en tous pays, ces infernales bêtes Fréquentent les sabbats et n*en font qu'à leurs têtes, Le chat ne se servait de tant de facultés Que pour mettre plus d'art dans ses méchancetés. C'était peu d'étrangler les oiseaux des bergères, Au nid de leurs ramiers il glissait des hiboux; Et puis il faisait lire à de vieilles mégères Leurs billets déchirés, dont il joignait les bouts. La chose en vint au point qu'il fallut s'en défaire; Tout le canton s'unit et lui fit son affaire.
Quant à Rannou, plus brut que le moindre animal, Sans nulle conscience et du bien et du mal, De ses bras, recouverts d'une sauvage écorce. Il ne savait régler ni diriger la force ; Il arrachait les pins, retournait tout un champ, Abattait les maisons... sans croire être méchant... Il tua même, un jour, le bailli, qu'à la fête Du pied d'un mât, en l'air, il lançait jusqu'au faîte, Pour plaisanter, et comme on ferait d'un ballon. Enfin, du mont inculte au fertile vallon.
Un seul c»i s'éleva dans le pays : Vengeance I Et sous les coups périt cette maudite engeance.
Combien d'hommes perdus pour avoir négligé.
Deux gouttes seulement du lait de la sirène ; C'est-à-dire, chrétiens, quelque baume obligé- De la religion, notre divine reine I