LA BAGUE D*OR
Pour en faire présent, dit-il, quand viendra Theure, A qui de vous fera l'action la meilleure.
« Partez, mais à Noê), autour de Tfttre assis, Vous reviendrez goûter de merveilleux récits. » Ils partirent joyeux, pour la grande tournée, Et revinrent tous trois à l'époque ordonnée.
Le premier dit : «r Un riche étranger, en chemin. Me remit un sac d'or, sans reçu de ma main.
Il mourut... Je pouvais, faute d'aucune preuve. Garder tout... J'ai rendu le sac d'or à sa veuve. »
Le père répondit : « Faisant cela, tu fis, Une bonne action; mais ce n'était, mon fils. Qu'un devoir rigoureux de rendre cette somme : Garder le bien d'un autre est d'un malhonnête homme.»
— or Un jour, dit le second, que je passais devant Un très-grand lac, je vis s'y noyer un enfant.
Je m'élançai, plus prompt que la foudre qui tombe, Et je le retirai, sain et sauf, de sa tombe. »
— Ton action, mon fils, est fort louable aussi. Dit le père, c'est vrai ; mais tu n'as fait ainsi Que suivre la leçon du Maître à ses apôtres : Secourez-vous en tous périls les uns les autres. »
Le dernier dit : « Un soir, je vis mon ennemi Au bord d'un précipice et tout seul endormi.
Au moindre mouvement il roulait dans l'abîme... Je le sauvai, dussé-je être, après, sa victime, »
— « Mon cher fils, répondit le père, embrasse-moi. Et donne-moi ta main, car la bague est à toi : Servir nos ennemis est la vertu suprême.
C'est le bien pour le mal, c'est imiter Dieu même I »
210 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.