‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 146 sur 168 · AUTOUR DE LA CATHEDRALE DE CHARTRES · texte numérisé non relu

AUTOUR DE LA CATHEDRALE DE CHARTRES

YIBILLB LâGBMDB

En Tan du Cbrist quinze cent treize.

Un jour, la Discorde et le Vent Par la Beauce, tout à leur aise.

Cheminaient au soleil levant.

Devisant ensemble, ils arrivent Dans la ville de Chartres ; puis.

Après vingt cercles qu'ils décrivent.

Ils prennent la Ruelle-au- Puits, Qui longe en étroite spirale

Le flaoc nord de la cathédrale.

La Discorde au Vent dit alors :

fl Reste un peu là, j^ai quelque chose a A dire aux chanoines pour cause « De service; — attends-moi dehors. »

Se glissant sous le porche en mitre, La Discorde, à Faugle des tours.

Entratout droit dans le chapitre...

Le Vent, dehors, l'attend toigours 1

C'est pourquoi, fourrures de martres Et manteaux ne se quittent pas. Été comme hiver, sur le pas De la cathédrale de Chartres.

Jean Médard, natif de Champagne, La foule vers Melun accourt Des villes et de la campagne Pour te voir pendre haut et court.

Qu'une larme au moins t'accompagne Parmi leurs sauvages clameurs, Puisque c'est d'aimer que tu meurs!

Aux moissons, à l'heure où l'on ferme Les étables sur les gros bœufs.

Un gars, œil vif et jarret ferme.

Chantant par les sentiers bourbeux.

S'arrêta droit près d'une ferme.

Était-ce un trouvère, un soudard, Un truand? » C'était Jean Médard.

Il frappe et refrappe à la porte.

Car on n'est pas preste à Limours,

Les chiens hurlent, il pleut... qu'importe A qui n'a souci que d'amours l Enfin... enfin le vent apporte Un bruit de pas. « Hé I mon garçon.

Que veux-tu? — Couper la moisson.

Dans ma Champagne la vendange, Bon fermier, ne vaudra pas cher.

Prenez-moi; que je boive et mange.

Le reste... — Tope là, mon cher; La soupe fume dans la grange, Viens, et dors après le repas. »

Et Jean Médard ne dormit pasl

C'est qu'il avait vu la fermière Dans l'église, à travers le chœur; A ses yeux se fit la lumière, La flamme se fit dans son cœur.

Pour le fermier c'est la première.

Que n'est-ce la dernière fois Qu'il a pu dire : Je le vois.

« Bon! pensa- t-il d'abord, courage l

Le brave homme est vieux, roux et laid ;

Cela donne cœur à l'ouvrage,

C'est bien le mari qu'il fallait.

Fine perle et rude entourage I

Vrai Dieu ! sans trop languir, on doit

Mettre cette bague à son doigt. »

Oh I comme il travaille et moissonne Jean Médard, dès que le jour point I Dans les grands blés, sans voir personne, Sa grande faux n'arrête point.

Et, le soir, quand VAngeltis sonne, La fermière à son corset brun Attache cent bluets pour un.

Or, de fleur en fleur, on raconte Qu'il en vint très- vite à ses fins;

Dame ou fermière, pâtre ou comte.

Deux cœurs sont toujours assez fins; Mais le troisième, au bout du compte.

Envers qui Ton a tous les torts.

Bien souvent est le plus retors.

Un soir qu'ils goûtaient le délice Des anges, les deux beaux damnés, Un fer sous leurs baisers se glisse...

G*est le mari I a Tiens I tiens ! tenez I « Jean Médard, voyant sa malice.

Lui serre le cou... C'est cela Dont le grand prévôt se mêla.

Amour coureur ou sédentaire, Amour de toutes les façons.

Amour est paradis sur terre ; Per BaccOj nous le confessons; Toutefois, nous ne pouvons taire Qu'il n'amène de grands tracas.

Tels que la hart en certains cas.

Jean Médard, natif de Champagne, La foule vers Melun accourt Des villes et de la campagne Pour te voir pendre haut et court.

Qu'une larme au moins t'accompagne Parmi leurs sauvages clameurs, Puisque c'est d'aimer que tu meurs!

'234 CEUVRES D'EMILE DESCHAMPS.

RAGHEL A NEPHTALI

ROM AMCB

Quoi I Nephtali» quoil tu m'aimais I Ta bouche enfin trahit ta flamme I Ah! tu devais m'ouvrir ton âme, Un an plus tôt ou bien... jamais l Ton frère, hélas l tu vois sa femme, II a ma main et j'ai son cœur.

Pitié l pitié I je suis ta sœur 1

Dans ce torrent, non loin de Tyr, Pourquoi m'as-tu sauvé la vie?

Je n'irais point, d'effroi suivie, Entre ses bras, rougir... mentir!

J'aurais sans crainte, au ciel ravie.

Crié ton nom vers le Seigneur I Malheur I malheur I je suis ta sœuri

Le Dieu jaloux a l'œil sur toi.

C'est au Dieu fort à nous défendre.

Il veut lui seul se faire entendre.

Cache tes pieurs, épargne-moi I Tes yeux si. doux, ta voix si tendre, Ohl Nepthali, tout me fait peur.

Va-t'en l va-t'en l je suis ta sœurl

MEYERBEER. tVj

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