UN TESTAMENT DE DON JUAN
( Romatieao portugais )
— « Or, je lègue à don' Isabelle, Qu'en mon temp^ je déshonorai, Mille cruzades — pauvre belle I — Pour qu'elle se case à son gré.
Deux mille I... Tels grands torts que j'aie.
Mère, je les rachète bien !
— Mon fils, l'honneur point ne se paie; Et les cruzades ne sont rien. »
— - « Je lui donne et lègue en plus, mère, Ma croix d'épée, un saint joyau !
— Mon fils, payer l'honneur ! chimère !
Rien n'est assez riche ni beau I »
— « Je la laisse et la recommande Aux trois docteurs, présents ici ;
40 OEUVRES D*£M1LE DKSCUAMPS.
*£t VOUS, mère, je vous demande De prendre bien soin d'elle aussi.
Ma villa, sur les monts campée, A qui lui donnera son nom I Pour celui qui lui dira : Non, Il aura la tête coupée I »
— « L'honneur point ne se paie, hélas I Mon fils, en terres ni villas î
Quand même elle deviendrait femme, En serait-elle moins infâme ? »
Alors il mit sa froide main Dans la main de sa désolée...
— « Don Juan I Elle sera demain Ta veuve l — et comtesse appelée. »