LES VITRAUX DE LA CHAPELLE
{Poétie allemande. — bchillbr)
Un pauvre pèlerin, à Tàme simple et bonne, Avec robe de bure et bâton de tilleul, Revenait d'Italie et de France, tout seul, Dans son pays de Ratlsbonne.
Souvent il avait vu le vice couronné
Près de Tinnocent qu'on opprime ; La vertu dans la honte et l'honneur pour le crime ; Son esprit en soufi^ralt, toujours plus étonné.
Préoccupé de ce spectacle, Il allait traversant une épaisse forêt.
De nuages massifs tout le ciel se couvrait.
Pluie et tonnerre au loin... et pas un habitacle 1
Lorsque, hâtant ses pas, du voyage alourdis.
Il aperçut soudain une chapelle ouverte.
De mousse en dehors toute verte; U s'y réfugia comme en un paradis,
Et se trouva bientôt dans une nuit profonde,
Tant l'orage s'était grossi I Les piliers étaient nus, les murailles aussi ; Aucun art ne germait de la pierre inféconde;
Et les fenêtres, par moment, Dans cette enceinte où rien ne reluit et ne bouge, Présentaient un amas informe, noir et rouge, Sur leurs anciens vitraux versé confusément.
« Quel triste aspect me vient par ces douze ouvertures! » Se dit le pèlerin qui vainement songeait A démêler quel saint ou profane sujet Avait inspiré ces peintures.
« Peut-être quelque fou vint broyer en ce lieu La suie avec le sang, pour peindre cet ensemble
Monstrueux, ce chaos qui semble Une image du monde où nous a jetés Dieu. »
Le pèlerin à peine achevait cette phrase,
Quand le soleil, se dégageant Des nuages poussés par un souffle changeant, Frappe sur les vitraux que son retour embrase.
Alors d'harmonieux tableaux Surgissent de leur ombre ; une peinture exquise S'anime à la clarté tout à coup reconquise :
Tel l'univers noyé sortit jadis des flots.
Le pauvre pèlerin fut éclairé de môme.
Car au fond de son cœur s'élevait une voix :
« Oui, ce spectacle que tu vois Des tableaux de la vie est un fidèle emblème !
« Quand de la vérité luira le jour, alors Tout ce que tu croyais sans but, sans harmonie, T'apparaîtra splendeur, ordre et grâce infinie. Comme ces transparents trésors.
AU PEINTRE A. BIGAND. 179
a Prie et crois à la Providence; Dieu, jaloux de son œuvre au plan mystérieux, Nous voile, pour un temps, Téternelle évidence ;
Mais il a fait tout pour le mieux. »
Depuis, le pèlerin vit encor bien des choses Qui blessent la raison et révoltent l'esprit ; Mais il baissa la tête, et, quoiqu'il n'en comprît Ni le but final ni les causes,
Il marcha, plein de foi, dans cette obscurité. Certain qu'un sens profond dort sous les phénomènes, Et de trouver le mot des énigmes humaines Sur le seuil de l'éternité I
AU PEINTRE A. BIGAND
SUR SON TABLBAU DBS SAINTES CHOSES
Un jour pâle, un fond gris sous une voûte étroite ;
A gauche, un crâne desséché;
Plus haut, sur une serge moite,
En Crucifix latin, couché;
Au pied du Crucifix, à droite,
Un simple Calice debout,
Dont l'ombre se porte et miroite
Sur un Missel ouvert. — C'est tout.
Voilà tout le tableau : dans trois murs enfermées
Quatre choses inanimées.
Mais, quels objets ! — La Mort et la Rédemption,
Le Sacrifice et la Prière!...
Mais l'œil perce la toile, et voit marcher derrière Du grand drame divin l'éternelle action!...
Mais l'artiste chrétien, mais le pinceau-poëte. Donne une voix sublime à la scène muette;
180 OEUVRES D*ÉMILE DESGH'aMPS.
Et les. amants du Beau, visiteurs de ce lieu. S'écrieront tous : Honneur au peintre I et gloire à Dieu!
YeraaiUes, le ... juillet 1849.
A MADAME HERMÏNIE QUIDANT
Une image aussi douce aux yeux que les accords De votre époux à notre oreille,
Quand. du clavier son âme anime le grand corps;
Une image m'arrive, à vous-même pareille.
Brillante, à nous tous captiver.
Et rêveuse, — qui fait rêver l —
Et parmi les portraits choisis, dont j'énumère Avec un tendre orgueil les aimables douceurs, Je vous fais une place auprès de votre mère, Afin que chacun dise : « les charmantes sœurs ! »