‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 3)Chapitre 139 sur 167 · TOUS DEUX · texte numérisé non relu

TOUS DEUX

Stradella I

SPADONI, étooné.

Quoi donc?

PIETRO

Voilà qui change Tous nos projets! Il fut bien convenu.

Quand de trente ducats nous acceptions la somme, Qu'il s'agissait d'un inconnu.

Mais Stradella...

MICHAEL

Le grand chanteur de Rome!...

Et puis c'est trop nous exposer.

PIETRO

Lui que l'on aime tant I .

308 GEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

MIGHAEL.

Un talent de la sorte l

PIETRO et MIGHAEL.

Ah! gardez votre argent.

SPAD05I

Ehl maiSt que vous importe?

PIETRO et MIGHAEL.

Non» TOUS pouvez en disposer.

SPADONI, à part.

Ah ! je vous vois venir I

Haut.

Ainsi pour qu'on s'expose, Trente ducats sont peu de chose.

Et si Ton vous en donnait cent?

PIETRO et MIGHAEL.

Ahl monseigneur, c'est différent.

• ENSEMBLE

Tout à vous, etc..

PIETRO

Quel temps nous donnez-vous?

Mais vous pouvez sans crainte, Au sortir de l'église, aujourd'hui le saisir Et le flrapperl...

PIETRO

ciell dans la Semaine sainte.

D'un tel péché, moi, j'irais me noircir I...

Dans quelques jours...

SPADONI

Il faut qu'il meure aujourd'hui même.

MIGHAEL.

Autant vaudrait tout droit m'envoyer en enfer I

STRADELLA. 309

PIETRO

Non, qaand il s*agirait de tuer Lucifer,

Je ne le voudrais pas en saint temps de carôme!

SPAD05I

Vraiment le scrupule est parfait!

PIETRO «t MIGHAEL.

Tenez, voilà votre orl

SPADONI, à part.

Voyez les bons apôtresi Ils vont me prendre tout.

PIETRO

Entre nous rien de fait!

SPADONI

Écoutez donc!

PIETRO et MIGHAEL.

Adressez-vous & d'autres.

SPADONI, aTeo force.

Au lieu de cent ducats, si j*en offrais deux cents? -

PIETRO et MIGHAEL, plus bas.

Oh! non, le crime est trop infâme!

SPADONI, plus fort.

Trois cents?

PIETRO

Ah ! vous voulez, serpent, damner notre âme.

C'est mal!

SPADONI, insistant.

Décidez -vous...

PIETRO h Hichael.

Qu'en dis-tu?

TOUS DEUX, après une pause.

J'y consens!

310 GEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

ENSEMBLE

PIETRO et MIGHAEL.

Tout à VOUS, Excellence.

Avec zèle et prudence, Oui, pour votre vengeance»

Nous sommes prêts I

SPADONI

En vous j*ai confiance, T>e votre récompense Voilà moitié d'avance, Le reste après.

On entend les cloches. Les assassins s*agenoaiUent en joignant les mains ; puis, se regardant Tun Tautre, ils se relèvent et entonnent arec force la stretta.

ENSEMBLE

SPADONI, PIETRO, MIGHAEL.

Marchez, marchez, | , i vous { .

Marchons, marchons, \ \ nous \ *

Pour Stradella le fer reluit; Que tout soit fait avant la nuit.

Ce soir, dans Tombre il doit sortir, Ni vain effroi, ni repentir, Rien ne pourra le garantir, • Son dernier chant va retentir I

Ils se séparent.

(Changement de décor.)

L'intérieur de l'église Sainte-Marie-Majeure. — On ne voit ni Tautel ni les officiants. — Foule immense agenouillée. — Des soldats font la haie. — Les orgues jouent.

STRADELLA. 311

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