SCÈNE PREMIÈRE
Une place à Vérone. — A gauche, en biais, vers le fond, la maison des Capulets. — Au fond, sur la droite, les premiers arbres d'un petit bois, puis le portail d'une église.
Paraissent SAMSON et ORÉOORIO, portant la livrée des Capulets, et armés de dagues et d'épées.
SAMSON, avec un geste menaçant adressé au dehors*
Tant pis si je les trouve encor sur mon chemin! Quand je suis échaufifé je suis prompt de la main.
GRÉGORIO, le raillant.
Oui, mais tu n*es pas prompt à Réchauffer, peut-être?
SAMSON
U ombre d'un Montagu me met au champ.
GRÉGORIO
Se mettre Au champ... c'est fuir.
SAMSON, se promenant d'un air fanfaron.
Moi, fuiri Grégoriol —Bien trouvé!
Moi, SamsonI J'ai toujours pris le haut du pavé, Et le prendrai toujours sur les gens, homme ou femme, De rindigne maison Montagu.
GRÉGORIO
Sur mon âme.
C'est la preuve, mon cher, .quQ tu n'es qu'un poltron ; Le plus faible s'appuie au mur.
lOi GBUVRËS d'émilë: deschamps.
SAHSON.
Mon saint patron!
Vous l'entendez I
GRÉGORIO
D'ailleurs, c'est affaire à nos maîtres.
Gapulets, Montagus, qu'ils s'arrangent!
SAHSON.
Ces traîtres De Montagus I il faut nous conduire en tyrans ! Hommes, femmes, amis, domestiques, parents... Gela m^t égal!
GRÉGORIO
Tiens! brave Samson, dégaine!
Voici quelqu'un des leurs.
Baltazar et Abraham paraissent dans le fond da c6té da bois, portant la livrée des Montagus et également armés 1
SAMSON, la main à son c6té.
Voici ma dague. — Haine, Colère! ferme, allons! Tu vas voir!
GRÉGORIO
Ton dos.
SAMSON
Moi!
Çà, de notre côté mettons d'abord la loi ; Laissons-les attaquer les premiers.
GRÉGORIO
Pour mon compte, En passant auprès d'eux je n'aurai pas de honte : Je vais les regarder de travers, comme il faut ; Dame, ils le prendront mal, s'ils veulent.
SAMSON
Dis plutôt.
S'ils l'osent. — Quant à moi, je vais mordre mon pouce En les toisant des yeux. Ils auront l'humeur douce S'ils ne m'accostent pas.
Baltazar et Abraham, qui avancent toujours se trouvent aj»sez près poar entendre ce dernier propos.
BALTAZARf bas » Abraham.
On veut nous intriguer.
A Samson.
L^ami, mords-tu ton pouce afin de nous narguer?
SAMSON, hésitant.
Qui! moi?... Je mords mon pouce.
BALTAZAR
Et fais-tu ce manège Pour nous insulter, dis?
SAMSON, à Grégorio.
C'est pour... c'est pour... Aurai-je La loi de mon côté, si je dis oui?
GRÉGORIO
Jamais.
SAMSON, à Abraham et & Baltazar.
Non, ce n'est pas, messieurs, pour vous insulter... mais Je mords mon pouce, moi.
GRÉGORIO, à Baltazar.
Cherchez- VOUS donc querelle?
BALTAZAR
Point.
SAMSON
Oh! oh ! c'est mon fort, plus qu'une saltarellel Je sers un aussi bon maître que vous.
BALTAZAR
Ma foi.
Pas un meilleur.
SAMSON, balbutiant.
D'accord.
GRÉGORIO, Toyant Tybaltde loin.
Dis meilleur; j'aperçois Un parent de mon maître.
SAMSON
Un meilleur maître!
lOJ GEUVRES D^ÉMILË DËSCHAMPS.
BALXAZAR.
Arrête!
Tu mens !
SAMSOXf, à Grégorio.
Flamberge au vent I — et la botte secrète !
Ils se battent tous quatre. — Arrivent Benrolio et Tybalt par deux c6tés opposés.
BEN VOL 10, tirant son épée.
Baltazar I — Malheureux ! séparez- vous I
TTBALT, venant droit à Benvolio.
Eh I quoi I L'épée en main parmi ces drôles I — Tourne-toi, Benvolio, vois ta mort.
II a tiré son épée. '
BENVOLIO.
Eh I Tybalt, je ne songe Qu'à mettre ici la paix. Aide-moi donc l
TYBALT
Mensonge S Tu parles de la paix en agitant le fer !
La paix ! — Je hais ce mot comme je hais Tenfer, Et tous les Montagus et toi-même. — En défense I
Ils se battent tous. — Uii officier arrive avec des sbires et des citoyens armés. On entend une cloche.
l'officier, & sa suite.
Vos pertuisanes, tous! — Rébellion 1 offense! Frappons et Montagus et Capulets!
Capulet et sa femme entrant d'un côté, et peu après, Hontagu et sa femme de l'autre.
CAPULET
Holà!
Mon épée î
LA SIGNORA CAPULET, retenant Tépée de son mari.
ciel ! cher Capulet! qu'est cela?
NonI
GAPffLRT.
Ce Montagu! vois! comme il lève la sienne.
HONTAGU, & Capalet
C'est donc toi!