SCÈNE IV
Une chambre dans la maison de Capolet.
Entre JULIBTTB, regardant avec impatience.
Quand neuf heures sonnaient ma nourrice est partie. Que de temps s'est passé depuis qu'elle est sortie ! Au boiit d'une heure, au plus, elle devait rentrer. Elle n'a pu sans doute encor le rencontrer?... Non. C'est qu'elle est infirme — anxiétés cruelles! Les messagers d'amour devraient avoir des ailes; Ils devraient à leurs pieds attacher les zéphyrs; Ou plutôt, il faudrait qu'ils fussent les désirs Qui s'élancent, dit-on, et traversent l'espace Plus prompts dix mille fois que le rayon qui passe. Maintenant, le soleil est à son plus haut point. Midi sonne partout... Elle ne revient point!
Âh I si d'un jeune sang elle avait quelque goutte, Elle devancerait la flèche, dans sa route; Mes paroles l'auraient lancée à mon amant.
Un mot de lui mô l'eût rendue en un moment!
Mais non, ces vieilles gens font toujours les malades;
Vous les voyez toujours pâles, toujours maussades, Ils sont d'une lenteur!...
La noonrioe parait areo nn« échelle d« oorda tout son mantalat.
Âhl ah! tout est sauvé!
Chère nourrice, eh bien? quoi? Tavez-vous trouvé? Pourquoi donc cet air triste? Ahl parlez, les nouvelles Que vous me rapportez, nourrice, que sont-elles? Mauvaises?... —dites-les toujours d'un air serein; Bonnes? vous les gâtez avec cet air chagrin!
LA NOURRICE
Quelle course! un instant! Jésus, je suis brisée! Je suis hors d'haleine... Ouf I
Ella s'atilad.
JULIETTE
Vous voilà reposée!
Parlez! Que savez-vous de Roméo? Gomment...
LA NOURRICE
Oh ! vous n'entendez rien à choisir un amant ! Il n'a pas le teint frais, l'œil vif...
JULIETTE
Quel verbiage!
Si fait... Mais que dit-il de notre mariage?
Que dit-il?
LA NOURRICE
Ah! la tête!... ohl la tête me fend!
Elle me bat si fort., et le dos! mon enfant.
Oh! le dos!... Quel chemin!
JULIETTE
J'ai le cœur au supplice De vous voir tant souffrir ; — est-il vrai, ma nourrice, Que vous souffriez tant?... Parlons de mon bonheurl
LA NOURRICE
Votre amant m'a parlé comme un brave seigneur. Où donc est votre mère?
JULIETTE
Eh bien! elle est chez elle.
Où veux-tu qu'elle soit? grand merci de ton zèle. Que de façons!...
142 OEUVRES D*ÉMILE DESGHAMPS.
LA NOURRICE, piquée.
C'est bon I adressez-vous ailleurs.
Est-ce là votre baume à guérir mes douleurs?
Désormais, vous ferez vos messages vous-même.
JULIETTE, apercevant Véchelle de corde.
Qu'avez-vous là? — Que dit mon Roméo, s'il m'aime?
LA NOURRICE, reprenant un ton de bonne humeur.
N'allez-vous pas, ce soir à confesse au couvent?
JULIETTE
Pourquoi ?
LA NOURRICE
N'y manquez point. Partez, il fait bon vent, Vous verrez là l'époux qui va vous rendre femme. Le sang monte et pétille à votre joue en flamme. Vous ne vous fâchez plus... Courez, l'autel est prêt. Moi, je reste. Quelqu'un m'a remis en secret Cette échelle qui doit, à l'heure où la nuit tombe. Conduire le ramier au nid de sa colombe.
Je vais dîner. Allez, ma 61Ie, et servez Dieu.
JULIETTE
Oui, je vole au bonheur. Chère nourrice, adieu!
La nourrice sort. — Au même instant on enteud des hanlbois et des violons dans la rue.
Une noce, je crois... Voyons!
Elle regarde par une fenêtre.
La mariée .
Est une pauvre enfant, simplement habillée ; Mais les amis lui font un cortège de roi...
Sa mère, en souriant, marche auprès d'elle... et moi! Ahl...
Tombant à genoux.
Grand Dieu! puisses-tu ne pas rendre éphémère Ce bonheur qu'une fille a cherché sans sa mère! Mais non, non. ..Eh! pourquoi voudrais-tu nous punir? Tu nous as pardonné, car tu vas nous bénir.
Elle se relève et sort.
FITi DD DEUXIÈME ACtE.