SCÈNE V
(Marne décor qu'au deuxième acte.)
L'appartement de Juliette, donnant sur le balcon. — Le matin commence à poindre. — Une échelle de corde, attachée an balcon entr'ouyert, est déroulée dans la chambre.
JULIETTE, sortant d'une chambre voisine et s'appuyant sur Roméo
Veux-tu donc me quitter 1 Quoi ! déjà, mon ami I
Le jour, sous Tombre obscure, est encore endormi.
C'était le rossignol et non pas ralouette,
Dont la voix a frappé ton oreille inquiète.
Sur ces lauriers, la nuit, il repose son vol.
Et chante... Oh! oui, crois-moi, c'était le rossignol I
ROMÉO
Ah! c'était Talouette et sa voix matinale!
Regarde, mon amour, cette blancheur fatale.
Ces traits de feu percer le grisâtre orient.
Les soleils de la nuit cachent leur front brillant, Et le joyeux matin, qui s'éveille en silence.
160 OEDVRBS D*ÉMILE DËSGHAMPS.
A la cime des monts, sur un pied se balance.
Il faut partir et YiTre, ou rester et mourir I
JULIETTE
Non, ce n'est pas le jour qui vient à nous s'offrir. C'est quelque météore, un phare errant sans doute, Allumé dans la nuit pour éclairer ta route.
Ohl reste encore I
EUe 8*eiilace dans set* bras.
ROMÉO
Eh bieni qu'on me surprenne icil C'est la mort... J'y consens, si tu le veux ainsi. Je dirai comme toi; non ces teintes d'opale, Ce n'est point le matin, non, c'est le reflet p&le De la lune qui fuit sous ses voiles d'argent ; Ce n'est point l'alouette, au réveil diligent. Dont le concert s'élève et va frapper la nue... Que la mort vienne donc, et soit la bienvenue I Juliette le vetit. — Qu'en dis-tu, mon amour? Rends-moi tous tes baisers; non, ce n'est pas le jour!
JULIETTE, ettnjée.
C'est le jour I c'est le jour I Fuis, pars vite I imprudente! C'était bien l'alouette et sa voix discordante I Que sa voix est aiguë! et son chant importun ! Fuis, fuis jusqu'àMantoue !...
On entend da brait dehors.
Oh ! pars I déjà quelqu'un !...
La lumière grandit.
ROMÉO
Et nos maux avec elle I
JULIETTE
Va-t'en, va-t'en!
LA NOURRICE, en dehors.
Madame !
JULIETTE
Une voix! mais laquelle?
Je tremble...
A la nourrice qui entre.
Ah! que veux-tu?
LA NOURRICE
Votre mère, en secret, S'apprête à vous venir trouver... Le jour paraît.
JULIETTE, oarrant le balcon.
Triste fenêtre, eh bien, contentez leur envie. Laissez entrer le jour et laissez fuir ma vlel
La noorrioe se retire après aroir arrangé réehelle de oorde. « Le jour grandit.
ROMÉO
Un baiser 1 je descends.
JULIETTE
Il me faut, cher amant.
Des nouvelles de toi, mais à chaque moment I Les minutes sans toi vont durer des journées ; Avant de te revoir, que j'aurai vu d'années I *
ROMÉO
Adieu I j'inventerai cent moyens, si tu veux, De te faire passer mon salut et mes vœux.
JULIETTE
Crois-tu que, sous le ciel, nous nous verrons encore?
ROMÉO
Oui, j'espère en ce ciel que Juliette implore.
Un temps viendra, mon ange, où mes maux et les tiens
Seront le doux sujet de nos longs entretiens.
n descend du balcon.
JULIETTE
Ahl mon âme conçoit tous les malheurs ensemble I
A peine te voilà descendu qu'il me semble
Que ton front a pâli vers la terre penché.
Et que je vois un mort dans son tombeau couché I...
Ou ma vue est troublée ou ta pâleur augmente.
ROMÉO, an bas du balcon.
Et toi, tu m'apparais de même, chère amante I
102 OEUVRES D'EMILE DESCUAMPS.
Ah 1 le chagrin dessèche et boit tout notre sangl Adieu!
U disparaît.
JULIETTE
Parti! parti! Soutiens-moi, Dieu puissant !
Elle tombe h moitié éranoaie aor un sopha.