‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 3)Chapitre 56 sur 167 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Dans la maison de Capulet. — La chambre de Jaliette. — Un lit dans nne alcôve. — Quelques arcades ouvertes sur les jardins. — Le soir tombe peu à peu. *

Entrent CAPULBT, La Signora CAPULBT, La Nourricb, Plusieurs Domestiques, puis JULIETTE.

CAPULET, à un domestique, en lai remettant an papier.

Prends cette liste, et cours inviter de ce pas Mes hôtes pour jeudi. Val

Le domestique sort avec la liste.

A sa femme.

Ne pensez-vous pas Que la noce ira mal? J'ai la tête troublée.

A la nourrice.

Est-il vrai que ma fille au couvent soit allée?

LA NOURRICE

Oui, d'honneur.

LA SIGNORA CAPULET

Puisse au moins son digne confesseur La dompter et tourner son âme à la douceur I

CAPULET

Sinon, jeune obstinée, il faut...

JulieUe arrive, afTectant un air joyeux.

LA NOURRICE

Bonté céleste I...

Voyez comme elle accourt d'un air riant et leste!

CAPULET

Fille rebelle, eh bien, d'où venez-vous?

JULIETTE

D'un lieu Où l'on apprend qu'un père est l'image de Dieu,

l';4 OEUVRES D'EMILE DESCHAHPS.

Où j'ai promis au ciel de faire pénitence

De ma trop criminelle et folle résistance.

Pour que mes torts si grands puissent être expiés,

Laurence m'a prescrit de tomber à vos pieds

Et d'implorer de vous mon pardon. — Pardon I grâce !

Mon pèrel...

EUe se Jette à ffenoax*.

A VOS genoux, qu'avec espoir j'embrasse, Je jure, et c'est pour moi le plus doux des serments, De suivre désormais vos seuls commandements.

GAPULET, à la nourrice.

Vous enverrez Samson chez le comte, nourrice. Afin de prévenir quelque nouveau caprice.

Lui dire qu'il est bon d'abréger le chemin.

Et qu'à présent je veux la noce pour demain I

* JULIETTE

Je viens de rencontrer Paris dans la cellule. Et de lui faire entendre, à ses aveux crédule. Tout ce qu'au chaste amour peut dire la pudeur.

GAPULET, areo un rire caressant.

Allons I ce petit air, moitié tendre et boudeur, Nous sied on ne peut mieux, notre timide amante. Venez lA.

À sa femme*

Je le crois qu'on la trouve charmante I Et ce Paris a bien raison d'en être fou !

A Juliette qui l'embrasse.

Mais, qui vous a permis de jeter à mon cou Vos deux bras, comme si vous étiez pardonnée? Vraiment, toute la ville, après cette journée, Va devoir un beau cierge aux fils de saint François.

JULIETTE, à la nourrice.

Viens, choisis ma toilette. Il nous plaît que tu sois Notre dame d'atours, et que ton goût prépare La robe dont il faut que demain on nous pare.

LA SIGNORA GAPULET» à Capolet.

Non, pas avant jeudi.

A lu nourrice.

Nous avons tout le temps.

GAPULET, à la noorrice.

Mort Dieu I bonne Angélique, il le faut, et j'entends Que nous allions demain i Téglise.

On allume des girandoles. Juliette et la nourrice s'éloignent pour examiner les parures, dans des cartons et corbeilles, au fond du théâtre.

LA SIGNORA GAPULET.

Les hommes Commandent sans savoir, et puis, c'est nous qui sommes Dans rembarras. — Mais rien n'est prêt pour le gala!

GAPULET.

Bon! avec de l'argent! et l'œil du maître!

n appelle les domestiques qui se tenaient an loin.

Holà!

Vous tous! Vingt cuisiniers ! en course, et grande chère!

Les domestiques partent. A la sigora Capulet.

Rejoignez Juliette, et donnez-lui, ma chère, Vos conseils maternels. Moi, je cours chez Paris ; Il vaut mieux lui parler moi-même. Je me ris Des tracas qui tantôt me trouvaient indocile... Quand on a de la joie au cœur, tout est facile!

n sort. Sa femme le suit vers la porte et rentre quelques secondes après.

JULIETTE, se rapprochant avec la nourrice qui tient une robe et des parures.

Oui, cet ajustement me conviendra le mieux.

LA NOURRICE

Que vous serez donc belle, et comme tous les yeux I...

JULIETTE

Cette nuit, laissez-moi seule, bonne nourrice ; Pour que le ciel, sur moi, jette un regard propice.

176 OEUVRES O'ÉMILE DESGHÂMPS.

Et se laisse toucher à mes pleurs repentants, J'ai besoin de prier... de prier bien longtemps !

LA SIGNORA GAPULET, reTenant.

Dans ces mille détails, ma chère fiancée N'est-elle pas bien neuve et bien embarrassée? Avez-vous, mon enfant, besoin de mes secours?

JULIETTE

Non, madame, merci. J'ai fait choix des atours Dont je veux me parer à la cérémonie Où vous me conduirez demain, — soyez bénie De cette attention qui peint votre bonté.

Ma mère, et si pourtant c'est votre volonté.

Quittez-moi, je vous prie : il faut que je repose. Ma nourrice avec vous veillera, — je suppose Que vos gens sont sur pied et n'ont pas un moment Dans les apprêts qu'ils font si précipitamment.

LA SIGNORA GAPULET.

Oui, ma fille, il est tard ; dormez, — avec l'aurore Il faudra vous lever. — Que je vous dise encore Combien vos bons parents ont joui de vous voir Revenir au bonheur, rentrer dans le devoir.

Ohl que la joie est douce après la peine amèrel N'est-ce pas? — Bonne nuit, ma fille!

JULIETTE

Adieu, ma mère!

La signora Capulet embraste sa fille et sort avec la ooarriee.

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