‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 120 sur 164 · SUR UN BERCEAU · texte numérisé non relu

SUR UN BERCEAU

C'est aujourd'hui ton saint baptême.

Heureux enfant ; De l'originel anathème

Il te défend.

Ton aveugle raison l'ignore.

Bouton fermé.

Qu'on arrose et qui doit éclore

Tout parfumé !

A ta mère, joyeux de naître,

Tu tends les bras ; Bientôt, venant à la connaître,

Tu l'aimeras.

Plus tard, ouvrant ton aile blonde, Jeune vainqueur,

Tu t'envoleras vers le monde.

L'espoir au cœur.

Le monde est grand... et Tâme humaine

Plus grande encor ; Elle a rinfini pour domaine,

Dieu pour trésor.

Aux flots troublés elle s^abreuye

Un seul été ; Puis, après la rapide épreuve,

L'Éternité !

L'Éternité, gouflfre des âmes.

Où tout se fond ; Fleuve de lumière... ou de flammes,

Sans bords ni fond;

Des intarissables délices

Centre divin ; Ou cercle immense de supplices,

Tournant sans fin ;

Selon qu'on a suivi la route

De l'humble foi.

Ou l'oblique sentier du doute,

Ivre de soi ;

Selon qu'en passant sur la terre

On a marché Avec la vertu salutaire

Ou le péché ;

Selon qu'on a trempé sa vie De charité,

SUR UN BERCRAU. 207

Ou qu'on eut de haine et d'envfe Le cœur gâté ;

Selon qu'on admit à sa table

Les indigents.

Ou qu'on s'enfermait, intraitable

Aux pauvres gens.

Ne voyons que la diflPérence

Du mal au bien, Et non la joie ou la souffrance

Qui ne sont rien ;

Car, au sein de la nuit suprême

Quand nous tombons, Un cri descend, pour tous le même :

« Fûtes-vous bons? »

Cependant, par l'eau du baptême

Le front lavé. De l'originel anathème

Enfant sauvé,

Reprends les baisers de ta mère.

Son lait aussi ; Joue et souris... Ui coupe amère

Est loin d'ici.

Dieu, qui bénît tes deux familles

De plus en plus, Eut toujours leurs fils et leur filles

Dans ses élus.

Enfant, pour rester sous sa garde

Et dans sa loi, Lorsque tes yeux verront, regarde

Autour de toi !

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