MON DÉPART
vous que je n'ose nommer, Et que mon cœur nomme à toute heure, Vous dont un sourire qui pleure M'apprit le doux tourment d'aimer.
Quand l'affreux départ me réclame Levez avec moi vers les cieux L'éclair suppliant de vos yeux.
Ce visible rayon de l'âme!
Hélas 1 j'avais des jours si douxl A* quel enfer le sort me livre 1 Près de vous je ne dois plus vivre, Et ne puis vivre loin de vousl
Ma flamme longtemps contenue Parmi les pleurs ose éclater.
Ahl pourquoi faut-il vous quitter.
Ou pourquoi vous ai-je connue I
Mais j'entends le fouet inhumain.
L'aflTreux messager va paraître.
224 OEOVRES D*ÉHILE DESGHABIPS.
Un frisson court dans mon pauvre être.
Je ne vous verrai pas demain !
Ah! mon dieu, dans le char funeste, Déjà, déjà tout est placé.
Moi-même, Immobile et glacé, On m'y porte comme le reste.
C'en est fait. En éclats hideux La voix du cocher monte et crie ; Le char fuît la maison chérie.
S'éloigne, et nous mourrons tous deux!
A SALVADOR GHERUBINl
LU SUR LB THBATRB DB L'OPéRA-COMIQUB POUR LA RBPBI8B DBS C DEUX JOURNÉBS », LB LENDEMAIN DB SA MORT
Fraîches comme autrefois, ainsi les DeiLX Journées, Où le maître a versé le printemps de son cœur, Après quarante hivers sont encor couronnées... triomphe incomplet où manque le vainqueur !
Hélas! du froid sommeil, au bruit de nos louanges. Il dort, Cherubini ! lui qu'avec tant d'amour Le ciel dota du nom et de la voix des anges.
Rien n'a pu le sauver du départ sans retour!
Mais quoi! tes chefs-d'œuvre demeurent!
Puis, quand tu t'éloignais sur la voûte du ciel, Ingres prit ses pinceaux des mains de Raphaël,
Pour te rendre aux yeux qui te pleurent...
Te voilà deux fois immortel !
Cette gloire est à nous. — Un soir, de sa Florence Quittant les grands palais, le jeune Salvador,
A SALVADOR GHERUBINI. 225
Sublime déserteur, s'en vint à notre France Demander des échos avec sa Jyre d'or.
De Tastre florentin levé sur notre école,
Que de phases, voyez! ont varié le cours!
C'est le drame d'abord — les fureurs, les amours,
Toutes les passions de la jeunesse folle,
Les tortures de l'âme en lutte avec le corps ;
L'ardent Cherubini les traduit en accords,
fit les lance au théâtre, où sont d'autres orages.
Alors Anacréon, VUôte de Saint-Bernard,
Lodoiska, Médée ou les Abencerrages,
Revivent évoqués par un coup de son art.
Puis, il franchit le Rhin avec eux, sans naufrages.
Et du vieux Hayden, un jour à son aspect, ^
Le front déjà courbé s'inclina de respect...
Après un tel triomphe, il n'en rêve plus d'autres,
Il se voue à prêcher l'art pur — et, tel qu'un Dieu,
Pour élèves bientôt il n'a que des apôtres.
— Il ne pouvait pas fuir la gloire — Boïeldieu,
Qui, trop jeune, au séjour des âmes le précède;
Auber, qui noblement aux honneurs lui succède ;
Halévy, qu'il nomma son cher fils; et vous tous
Dont les talents aimés grandissent parmi nous;
Cherubini, voilà tes ouvrages encore,
Et, comme des plus beaux, ton orgueil s'en décore I
Mais l'âge est arrivé; — le maître, sous nos yeux. Se transforme et, rempli d'une pieuse sève.
L'arbre de son génie avec son cœur s'élève, Et va, par ses rameaux, s'enraciner aux cieux. Plus de mondains accents, plus d'harmonie humaine; Tout aux hymnes sacrés, l'église est son domaine. Il monte, pour Dieu seul, sur un mode inconnu. Sa lyre que n'éveille aucun souffle profane.
Et la mystique fleur, qui jamais ne se fane, Vient d'elle-même éclore à son front pâle et nu.
Aussi, lorsque, fuyant ses chaînes refroidies, Ton ftme entra, sereine, aux portiques divins,
Par tous les élus applaudies.
Tu retrouvas tes mélodies Sur les harpes des séraphins I
Maintenant, au milieu de tes amis sans nombre. Permets qu'un seul moment, sur cet autel des arts, Avec tes propres chants nous rappelions ton ombre. Compagne, dans les cieux, des Glucks et des MozartsI