‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 142 sur 164 · A MADAME ANNA D · texte numérisé non relu

A MADAME ANNA D

Là-bas, loin des cités arides.

En des beaux lieux, du ciel bénis.

Votre mère toujours invente De beaux exils pour ses étés, Et sous sa baguette savante Naissent des palais enchantés.

Et puis, pour compléter la chose.

Avec ses chants, avec ses pleurs, Anna quelques instants s'y pose, Riche du soleil et des fleurs.

Car elle a besoin, dans son âme, Du grand air et non des grands airs.

Car Anna n'est point une femme Du monde — mais de Tunivers.

Son bonheur, c'est la paille en gerbe; L'ombre sonore du bouleau :

C'est écouter pousser une herbe; Voir la lune courir dans l'eau.

Aux rochers, aux vents, au nuage.

Elle aime à dire : me voilà I Elle aime le mât qui voyage, Et je l'aime pour tout cela.

Mais, sur nos causeuses moirées, L'hiver, quand elle vient s'asseoir, Cette Anna nous fait des soirées Plus belles que le plus beau soir.

Poésie et grâces suprêmes Nous tiennent près d'elle occupés, Et les bancs de gazon eux-mêmes Seraient jaloux des canapés.

Ah I jouissez des fleurs, de l'onde.

Des bravos, des vers, des parfums, Quand votre fille est encor blonde, Quand vos cheveux sont encor bruns; Quand mère et sœur qui vous sourient (Doux trésors que Dieu vous donna)

!it3i OBUVRES D*ÊHILE DESGHAHPS.

Avec vos vieux amis vous crient :

Laissez- vous être heureuse, Anna!

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