AUX JEUNES POETES
L'art, comme la nature, a ses métamorphoses.
Melpomène et sa sœur, couple antique et royal. Presque partout font place au drame, et l'Idéal
A la réalité des choses.
De nos jours peu d'auteurs plaident en vers leurs causes; La poésie est rare au théâtre. —> Est-ce un mal ? I. 14
y42 OEUVRES D*ÉHILE DESCHAHPS.
Non; toute laD^e sainte, on ne la parle guères; Qui dit rare, dit riche, et le moins, c*est le mieux. Nos jardins sont peuplés de mille oiseaux vulgaires, L^aigle est presque seul dans les cieux.
Donc, sympathie, honneur, louange aux vrais poètes!
Mais, que des écrivains, esprits au drame ouverts.
Sans poésie au cœur s^obstinent dans les vers... Pour eux nos voix seront muettes.
Ou charitablement gronderont leurs travers.
\J alexandrin n*est tolérable Qu'à la charge d'être admirable.
Et vous, jeunes suivants de la muse, rêveurs, Qui du Cid, en espoir, caressez la fortune.
Venez ; aux fruits naissants de vos nobles ferveurs
Nous élevons cette tribune, Où Ton peut de la gloire escompter les faveurs; Apportez-nous des vers; la chance est peu commune : Car nous leur fournirons, sans frais et sans lenteurs, De Pencre, du papier... et même des lecteurs!