‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 159 sur 164 · MORFONTAINE · texte numérisé non relu

MORFONTAINE

Beaux lieux, Éden de l'âme artiste,

Il est triste, Bien triste de ne pas avoir

Le pouvoir

D'accorder son brûlant délire

Sur la lyre Que les Grecs passèrent aux mains

Des Romains,

Ou bien sur le luth moins sévère

Du Trouvère, Qui maintint libres et joyeux

Nos £ueux.

Oh! que si du siècle où nous sommes

Un des hommes Dont les chants entrent en vainqueurs

Dans les cœurs,

MORFONTÂINE. 251

Était là, promenant ses rêves Sur vos grèves,

Qu'il ne connaissait pas, sinon Par leur nom ;

SMl voyait ces forêts sauvages, Ces rivages frais, ces la( Que je vois ;

Lies rivages Doux et frais, ces lacs genevois

S'il entendait les eaux lointaines

Des fontaines Et tous ces mille oiseaux chantants.

Que j'entends ;

S'il visitait l'enclos champêtre

Où vient paître Le chevreuil qui palpite encor

Loin du cor,

^ Et, plus loin, les grands parcs superbes.

Garnis d'herbes.

Et qui servent aux jeunes daims De jardins,

Et, là-bas, ces fécondes plaines.

Toutes pleines Des trésors qu'Avril dédiait

A Juillet;

Et ces îles en fleurs, pareilles

Aux corbeilles Qu'arrange, pour un jour charmant,

Un amant;

Et ces blanches troupes de cygnes,

Dont les lignes Manœuvrent en légers vaisseaux

Sur les eaux ;

S52 GEUVRES D'EMILE DËSCHÂMPS.

Et ces monts de roches énormes

Et difformes, Gomme un camp d'éléphants amis.

Endormis;

Et cette grotte, étroite enceinte.

Où la Sainte, Recluse durant cinquante ans,

Tout le temps

Assise immobile, en prière.

Sur la pierre, Creusa la rondeur de son froc

Dans le roc.

Et ces tourelles, où la Reine,

Si sereine, Qui le nom de Blanche porta,

Habita ;

Et la vieille Gommanderie,

Dépérie, Des braves et saints chevaliers

Templiers;

Et ce château, séjour sans cesse

De princesse ; Et, près du marbre des palais.

Ces chalets.

Où le jasmin et la petite

Clématite Montent, enlaçant leurs boutons

En festons...

S'il pénétrait dans la demeure

Où chaque heure Offre talent, grâce et plaisir

A choisir,

AU POETE J. LESGUILLON. 253

Où, près d'une mère chérie,

Laure prie, Et n'a pour égale en douceur

Que sa sœur;

Où l'esprit s'égaie et pétille

En famille ; Où les arts se sont donné tous

Rendez- vous...

Comme il chanterait le poète I —

Je souhaite Qu'il accoure en ce doux émoi,

Car, pour moi.

Dont jamais, d'un vers qui s'inspire,

N'ai pu dire Tout ce qu'en mon cœur je sentais...

Je me tais!

AU POETE J. LESGUiLLON

Cher poète, avec votre Ermance, Le pur enivrement des vers A chaque soleil recommence.

Toujours égal, toujours divers.

Communauté de poésie Et de cœurs existe entre vous ; Et vous buvez, brillants époux, La même coupe d'ambroisie!

354 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

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