‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 17 sur 164 · LE POETE · texte numérisé non relu

LE POETE

Par tes cheveux encore humides des naufrages.

Vieux nocher, averti des embûches des flots,

Tu prêches le rivage aux jeunes matelots,..

Mais les Grâces n'ont point mes soupirs, — d'au très belles,

Les Muses, à mes vœux se dérobent, rebelles ;

Car les Muses, ainsi que les Grâces leurs sœurs.

Ne cèdent qu'à regret de tardives douceurs ;

Elles veulent aussi qu'on pâlisse pour elles,

Et, chastes, pour finir d'amoureuses querelles,

Cherchent la grotte sombre et les bosquets touffus

Où s'en vont de la vierge expirer les refus.

LR VIEUX PATRE

Quoi! tu serais (quel fut mon aveugle délire!) De ces mortels divins, de ces rois de la lyre Dont la bouche, abondante en sons mélodieux, Accoutuma la Grèce au langage des dieux !

Et moi, qui t'arrêtais à mes conseils profanes!... Pardonne; l'ignorance habite nos cabanes; Votre Homère jamais n'a chanté parmi nous... Pardonne au vieux pasteur qui t'honore à genoux.

C'est le sort des pasteurs, hélasl que je souhaite,

Un orage éternel tourmente le poëte !...

Vous, conservez longtemps, oh! conservez toujours

Et vos mâles labeurs et vos chastes amours,

Et les jeux au foyer, les siestes aux collines.

Et des antiques mœurs les sages disciplines.

Je ne sais quels ennuis, quels troubles dévorants...

Et pourtant, aux faveurs des Phrynés, des tyrans,

Je ne vends pas les dons que m'accorde la Muse !

Vieillard, tu le connais, au nord de Syracuse,

56 OEUVRES D'EMILE DESCHAHPS.

Ce vieillard, au cœur jeune, au regard inspiré, Des sages, des enfants et du temps révéré, Les ans, sans la blanchir, ont passé sur sa tête; Il est mon père, et moi, car demain est sa fête, Je venais, d'Erato sollicitant l'appui.

Inventer sur la lyre uù chant digne de lui, Qui, doux et caressant son oreille ravie, Expliquât notre amour en rappelant sa vie :

a Amour et gloire à toi ! c'est toi qui, dans tes fils, Et de Tâme et du corps guidas la double enfance; Sous ton aile du sort nous bravions les défis, Toi, de notre faiblesse, ô Tunique défense I Tu donnas le bonheur, le bonheur t'est bien dû; C'est un prêt généreux que nous t'aurons rendu. Quand un ruisseau, grossi dans sa grotte profonde. S'est élancé, creusant ses rivages, soudain Jaillissent, près de lui, comme dans un jardin, Mille arbrisseaux nourris des bienfaits de son onde. Ils grandissent enfin et, penchés sur ses eaux, De leur ombre pieuse ils protègent la source. Qui bientôt eût langui dans son lit de roseaux, Sous les feux du Cancer, ennemi des ruisseaux. Leur feuillage entretient la fraîcheur de sa course. Et, balançant leurs- fronts, de rosée inondés, Ils fécondent les flots qui les ont fécondés I... »

Apollon, sur ma lyre, oh! par pitié, secoue

Ta chevelure d'or où le laurier se jouel

Jette un rayon sur moi ; c'est pour mon père...

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