‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 34 sur 164 · LE PLUS BEAU DES CONCERTS · texte numérisé non relu

LE PLUS BEAU DES CONCERTS

Gomme en ont les croyants dans le ciel du prophète I Ohl c'est de quoi se tordre et mourir, quand il faut Retourner des! loin et tomber de si haut!

Lorsque pour le réel, les régions amères, Il faut te dire adieu, beau pays des chimères !

Du moins, le souvenir nous ramène enivrés A ces premiers salons, d'un jour tendre, éclairés... Oui, je verrai toujours, des yeux de la mémoire. Toujours les flèches d'or dans l'azur de la moire. L'or courant des sophas aux plafonds, puis encor Le grand lustre endormi dans le cristal et l'or... Enfin, la salle aux murs de marbre, aux belles fresques, Où Grenade eût donné ses bals chevaleresques, La salle étincelante et ses larges miroirs, Et son flambeau géant, allumé, les grands soirs, Parmi Des voiles blancs, sous les cintres attiques. Gomme le candélabre, aux sept branches mystiques.

Et, dans ce tabernacle, arrondi mollement.

L'orchestre et les 'chanteurs muets, jusqu'au moment Où la voix de leur Reine et Déesse, ô merveille 1 Par un magique appel tour à tour les éveille; Où votre voix. Madame, avec son doux accent.

Annonce le concert au salon frémissant; Et l'assemblée est folle et s'élance hâtive.

Comme si vous disiez : Et qui m'aime me suive I

Votre cour vous salue. — Alors, l'archet vainqueur Glisse amoureusement sur les cordes du cœur; Et la gamme impossible, aux bravos de la foule, Part, et comme un collier de perles se déroule* — Alors, les deux rivaux, les empereurs du chant (Et là-haut, plus d'un ange écoute, en se cachant). Et jamais, au combat, tous deux n'ont mis tant d'âme. Car c'est chez vous, ce soir, et c'est pour vous, Madame! Alors le merveilleux enfant, homme à présent. Au trépied musical, poète improvisant, Lîstz, Listz, qui changerait, sans changer de délire. Les notes pour les vers, le clavier pour la lyre; —

Et c'est Louise encor qui, d'un doigt vif ou lent, Verse au piano son cœur. — Tel un beau ramier blanc Rase un lac de son aile, ou court de feuille en feuille. Isaure enfin, qu'un cri d'enthousiasme accueille. Et son chant retentit si pur, si ravissant.

Qu'élancé vers le ciel on croit qu'il en descend ! Voilà quels souvenirs, et bien d'autres encore. Me suivent dans la nuit que leur prisme décore. Mais, plus mon cœur s'y prend, Madame, plus je vois, A vouloir les chanter, que je perdrais la voix. Qui vous connaît dirait : la louange est légère; Qui ne vous connaît pas dirait que j'exagère.

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