LA COLOMBE DU CHEVALIER
C'était aux anciens jours de France, Quand les dames faisaient la loi; Lorsqu'on aimait sans espérance, Et qu'aimé, l'on gardait sa foi.
Un romancier du temps raconte Que, sur les rives de TAdour, Échappée aux bois d'Amathonte, Apparut colombe d'amour.
Bien souvent, à ses blanches ailes.
Messagères des feux discrets, Bachelettes et Damoiselles Confiaient leurs plus doux secrets.
Son cri joyeux annonçait l'heure Pu berger et du troubadour, Et vers la propice demeure Son vol léger guidait l'amour.
Mais, du vallon à la colline, Ceux que sa faveur préférait Entre tous, c'était Isoline Et Raymond, seigneur banneret.
Raymond, d'un nombreux vasselage, Fier, comme le roi dans sa cour ; Isbline, enfant du village.
Mais riche de grâce et d'amour.
Dès que la nuit baissait son voile.
Tous deux, du chaume et du château, Et les yeux sur la même étoile.
Arrivaient au même coteau.
Et, quand la lueur matinale Brillait au céleste séjour.
C'est toi, colombe virginale.
Qui venais l'apprendre à l'amour.
Voilà que mille archers d^Espagne, Cinq cents cavaliers navarrois Désolent au loin la campagne, Car la guerre amusait deux rois.
Jouvencelles sont en alarmes...
La colombe a peur du vautour, Donc, Raymond vient avec ses armes Au dernier rendez-vous d^amour.
Les hauts barons ont pris la lance, Et la devise et les couleurs ; Sur les blancs coursiers on s^élance...
Sous Togive on est tout en pleurs.
Aux longs adieux Raymond s*arrache Parlant de fête et de retour, Il s'éloigne... et sur son panache Voltige colombe d^amour.
Ils allaient, voyageurs fidèles.
Et, quand il fallait sommeiller, La colombe ployait ses ailes Dans le casque du chevalier.
Lui, rêvait et ne dormait guère; Mais, quand la bataille eut son tour, Aux sanglants ébats de la guerre.
Il donna Télan de Tamour.
a Ma colombe, vers Isoline Vole, vole, dit le guerrier, Et porte à la vierge orpheline Rameaux de myrte et de laurier. »
— Et chaque soir, son aile blanche.
Revenant à la vieille tour, Laissait tomber la double branche.
Gage de victoire et d*amour.
V^ jour, tout le ciel était sombre, Le printemps semblait défleuri; Ce jour-là, le front chargé d'ombre, L'aurore n'avait* point souri.