‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 5 sur 164 · DÉSESPOIR DU COMTE JCLIEN · texte numérisé non relu

DÉSESPOIR DU COMTE JCLIEN

Le comte Julien, seigneur de Tarifa, S'arrache les cheveux et la barbe en désordre;

On le voit déchirer et tordre Ses bras, par qui, cent fois, l'Espagne triompha; Il blesse son visage auguste , et sur ses armes Tombent de ses deux yeux le sang avec les larmes. —

Tantôt, d'un air fatal, le vieux chef espagnol Regarde le chemin de Xérès à Cordoue ;

Tantôt, tristement il secoue Sa tête vénérable , et regarde le sol ; Tantôt, il la relève avec les yeux en flamme, Et regarde le ciel , portant l'enfer dans Tâme :

a Ainsi, mes cheveux blancs d'opprobre sont couverts l Ah î le roi leur a fait cette exécrable injure !

Haine I vengeance I je le jure !

Pauvre vieillard , sur qui tous les yeux sont ouverts ! Un seul affront flétrit toute une belle vie.

Qui d'une belle mort aurait été suivie !

a Roi sans cœur, roi félon, si bas dans ta grandeur I Voluptueux tyran, de tes désirs esclave,

Homme lâche, en effet... si brave Pour corrompre une vierge et souiller sa pudeur!... Mort et damnation!... Prends garde, prince infâme. Cinq cent mille Africains vengeront une femme !

« Malheur sur toi, Rodrigue, et malheur éternel ! Quand TEspagne, témoin de mon ignominie.

Tout entière serait punie !

Les innocents paîront pour leur roi criminel ! C'est juste. — Un peuple vil, qu'un vil tyran domine, Doit accepter aussi la peste et la famine.

« Dieu m'est témoin pourtant que si d'autres secours A ma sainte vengeance ouvraient une autre voie,

Je les saisirais avec joie ; Car l'Espagne est si belle, et je l'aime toujours!... Que le Maure entre donc dans l'Espagne abattue, Qu'il désole ses champs, qu'il y ravage et tue !

« On m'a fait bien du mal, et j'en ferai beaucoup ! Quand les dés, une fois, sont jetés sur la table,

La partie est inévitable; Nul ne peut fuir la chance et retarder le coup. Malheur donc sur le roi que nul remords n'arrête I Qu'il perde tout, l'honneur, la couronne... et la tête!

a II a cru que mon bras n'atteindrait pas son front , Alors il s'est permis toutes les violences !

Toi, qui dans de justes balances Pèses, Dieu tout-puissant, la vengeance et l'affront, Prends piété d'un soldat que sa ferveur renomme. D'un vieillard qu'en jouant déshonore un jeune homme ! »

Ainsi parle et rugit le comte Julien.

Sa main froisse un papier, qu'à peine il vient de lire,

Et dont ses dents, en son délire.

Ont arraché l'adresse et brisé le lien.. .

Hélas I c'est une lettre , où Florinde raconte Son malheur, si honteux pour la tille d'un comte.

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