LE FLEUVE
Soît que Tonde bouillonne et se creuse, en grondant. Parmi les durs rochers un lit indépendant; Soit qu'elle suive, en paix, une pente insensible. Un pouvoir inconnu, vers un but invisible L'appelle; elle obéit; et, torrent ou ruisseau.
140 GEUVRi^S D*ÉMILB DESCHAMPS.
Ne reverra jamais les fleurs de son berceau. — Le fleuve réfléchit dans sa course limpide Et l'immobile azur et Torage rapide; Les chants joyeux d'amour, les cris des matelots ; Rien ne l'arrête ; il passe, arrosant de ses flots Tantôt de vers gazons, des bois, de beaux rivages, Tantôt d'impurs marais ou des landes sauvages; Puis, apparaît soudain la sombre et vaste mer. Et le fleuve gémit et tombe au gouffîre amer.
Ghers compagnons, ainsi nos douteuses journées. Le front chargé de deuil ou de fleurs couronnées, S'écoulent, flot à flot, jusqu'au jour redouté Où, pour les engloutir, s'ouvre l'Éternité!