DÉPART
Mon père, en quelle gêne Je sens mon cœur languir, A voir, libres de chaînes, La nue et Tonde fuir!
Les flots et les nuages, Exempts de nos douleurs.
Vont, légers, en voyages.
Sans regarder les fleurs*
Ils partent dès qu'ils naissent Et ne s'arrêtent pas. — On dirait qu'ils connaissent Un beau pays, là-bas!
Et moi, la nue et l'onde M'ont légué leurs amours; A parcourir le monde Je suis poussé toujours.
Vergers et pâturage, Qu'un autre en prenne soin î Mon cœur est un orage Qui veut s'étendre au loin.
Je ne sais... Mais j'espère!
Ma bonne mère, adieu l
Béûissez-moi, mon père.
J'irai béni de Dieu.
Ahl votre enfant vous aime, Et pleure en vous quittant; Et vous pleurez de même...
Il vous quitte pourtant !
L'avenir porte un voile, Mais n'ayez point d'effroi; Là-haut j'ai mon étoile, Et votre image en moi I
Nul danger ne se cache ' Et le chemin est sûr.
Car c'est le cœur sans tache Qui fait le ciel d'azur.
Mais des flots de lumière Entrent de toutes parts, Remplissant la chaumière Et mon âme... je pars !