‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 107 sur 159 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

JACQUELINE, SGANARELLE, LUCAS, dans le fond

du théâtre.

SGANARELLE

Peste!

Voici la nourrice 1 — Ahl nourrice démon cœur! Doux hasard l Votre vue est le séné vainqueur, Le julep triomphant, la rhubarbe angélique Qui purgent ce que j'ai d'humeur mélancolique 1

Tout ça, c'est trop bian dit, monsieu le médecin. Et je ne comprends goutte à tout votre latin.

SGANARELLE

Nourrice, devenez malade, je vous prie ;

246 CEOVRES D'EMILE DESCHAMPS.

Malade pour Tamour de moi, belle chérie I J'aurai tous les bonheurs du monde à vous guérir.

JACQUELINE

Je suis votre servante : allez ailleurs offrir

Vos soins. J'aime bien mieux, moi, qu'on ne me garisse

Jamais.

SGANARELLE

Que je vous plains, adorable nourrice.

D'avoir un mari sot, incommode et jaloux.

Gomme celui qu'hélas I vous avez!

JACQUELINE

Que v*lez vous?

Monsieu, c'est pour qu'en lui je sois mortifiée; Et là, comme dit l'autre, où la chèvre est liée, Il faut bian qu'aile y broute.

SGANARELLE

Ehl quoi donc un rustaud Gomme cela, ma chère I un homme, ou bien plutôt Un ours qui, pas à pas, vous suit, qui vous soupçonne. Vous observe sans cesse et ne veut que personne Vous parle?...

JACQUELINE

Ah I vous n'avez encor rien vu : ce n'est Qu'un mince échantillon ; et quand on le connaît, G'est bien pisi

SGANARELLE

Se peut-il qu'un homme... un homme ait l'âme Assez basse, bon Dieu! qu'il maltraite une femme Gomme vous! Ahl combien j'en sais, sans compliment. Qui se tiendraient heureux de baiser seulement Les bouts de vos jolis petons! Dieu me démente! Faut-il qu'une personne, en tout point si charmante, Si douce, soit tombée en de pareilles mains I Et qu'un franc animal, perdu chez les humains. Un brutal, un stupide... Excusez-moi, ma belle. Si je laisse parler ma langue, et si j'appelle Votre mari de tous les noms.

JACQUELINE

Hél je sais bian Qu'il les mérite tous, sans qu'il y manque rian!

SGANARELLE

Il mériterait bien encor qu'on se fît fête

De lui mettre certains ornements sur la tête,

Pour punir sa sottise et les soupçons qu'il a.

JACQUELINE

Il est bian vrai, ma fi, que si je n'avais là, Devant moi, que le simple intérêt de sa cause, Il pourrait m'obliger à queuque étrange chose.

Ma foi, vous ne feriez pas mal de vous venger De ce mauvais jaloux, avec quelque étranger.

C'est un homme bâti pour cela; c'est justice D'en agir de la sorte, et si, belle nourrice J'étais assez heureux que d'être choisi pour...

Au moment où Sganarelle tend les bras pour embrasser Jacqueline. Lucas passe sa tête par-dessous et se met entre les deux. Sganarelle et Jacqueline regardent Lucas, et se sauvent chacun de son c6té.

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