VI
CLAUDINE
Eh bien! oui, nous verrons.
LUBIN
Tu verras que je suis un phénix, un prodige!
dandine, viens donc là.
CLAUDINE
Que veux-tu?
LUBIN
Viens, te dis-je.
CLAUDINE
Tout dpux! je n^aime pas les patineurs.
LUBIN
Hé! hé!
Sans vous fâcher, un tout petit brin d'amitié.
CLAUDINE
Laîsse-moi-là — d'aucuns je n'entends raillerie.
LUBIN
CLAUDINE, le repoussant.
Hail
LUBIN, la contrefaisant.
Hai! hai! ha! quelle rudoirie Pour les pauvres gens ! — fi! que c'est donc impoli De les tant rebuter à ce jeu si joli !
Vilaine, n'as-tu pas de honte d'être belle Et de ne vouloir pas qu'on te caresse, eh!...
CLAUDINE
Telle Que tu me vois, je vais te donner sur le nez.
LUBIN
Hai farouche! sauvage! Ahl fi! pouah! oui, venez He taper. — Je suis là.
CLAUDINE
Par trop tu t'émancipes.
GEORGE DANDIN. 291
LUBIN
Qu'est-ce que ça te fait? D'où vient que tu te grippes Au lieu de laisser faire à ce pauvre garçon... Qui souffre...
CLAUDINE
On ne fait point en avril la moisson.
LUBIN
Un tout petit baiser seulement, à rabattre Sur le mariage. Eh I
Cessez de vous esbattre.
Je suis votre servante.
LUBIN
Ah! Claudine, pitié I
CLAUDINE
Hé! que nenni. Tj fus déjà prise à moitié.
Adieu. Va-t'en, et dis à monsieur le vicomte Que son billet sera remis, et qu'il y compte.
LUBIN
Adieu donc, rude ânièrel
CLAUDINE
Ah! le mot de bon goûtl
LUBIN
Adieu, caillou, rocher, pierre de taille et tout
Ce qu'on voit de plus dur au monde!... Ah I la tigresse !
Adieu I
CLAUDINE
Je vais remettre aux mains de ma maîtresse... Mais la voici qui vient avec son cher époux ! Jusqu'à ce qu'elle soit bien seule, éloignons-nous.
292 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.