‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 130 sur 159 · GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE

GEORGE DANDIN

On le prend là qui rôde Encore autour de vous, attendant la maraude.

ANGÉLIQUE

Eh bien , est-ce ma faute ? et que puis-je, après tout, Y faire?

GEORGE DANDIN

Ce qu'avec la volonté, le goût De ne plaire qu'au sien, une femme sait faire Pour écarter chaque homme et se tirer d'affaire. Les galants'sont partout des mouches que le miel D'un doux regard attire à son tacite appel, Et les femmes d'honneur ont certaines manières De les chasser d'abord, sans bâtons ni lanières.

. Les chasser?... je ne puis vraiment m'effaroucher Qu'on me trouve bien faite, et ne crois point pécher A me l'entendre dire.

GEORGE DANDIN

Oui, mais quel personnage Voulez-vous qu'un mari joue à ce badinage?

ANGÉLIQUE

Celui d'un honnête homme, heureux et même fier De voir fêter par tous un être doux et cher, Et d'y trouver unis son plaisir et sa gloire.

GEORGE DANDIN

Je suis votre valet, ce n'est pas mon histoire.

GEORGE DANDIN. 295

Les Dandins ne sont points sans vous faire d^afiï*ont. Accoutumés...

ANGÉLIQUE

Ah l bien, ils s'accoutumeront. — Pour moi, je vous déclare, en franchise profonde. Que mon dessein n'est point de renoncer au monde^ Afin de m'enterrer vive dans un mari.

Gomment ! parce qu'un homme aura fait le pari De nous prendre pour femme, il nous viendra l'envie De dire adieu, s'il gagne, à tout ce que la vie, La nature ont de fête et d'aise à nous offrir I C'est une tyrannie impossible à souffrir.

J'aime de ces messieurs les prétentions fortes Qui veulent qu'aux plus beaux plaisirs nous soyons mortes Pour ne vivre qu'en eux ! on en aura le temps. Et c'est mourir trop tôt que mourir à vingt ans.

C'est ainsi, sans rougir, sans même être étonnée, Que vous traitez la foi que vous m'avez donnée ?

ANGÉLIQUE

Moi? vous l'ai-je donnée? avez-vous seulement

Demandé ma pensée et mon consentement?

Avec mes parents seuls vous avez fait le pacte.

Et m'avez arraché ma parole avec l'acte.

Ce sont eux proprement qui vous ont épousé.

C'est pourquoi, dès qu'en rien vous vous croirez lésé.

Vous devrez vers eux seuls diriger votre plainte.

Pour moi, qui n'ai cédé ma main que par contrainte.

Je prétends batailler avec vos volontés,

Et jouir, s'il vous plaît, des douces libertés

Que l'âge me promet, sans m'attrister d'alarme,

Voir un peu le beau monde, et savourer le charme

De m'en tendre conter des douceurs amplement;

Préparez-y vous donc pour votre châtiment,

Et rendez grâce au ciel qui vous donne une épouse

Incapable, malgré votre fureur jalouse.

D'une pire vengeance, avec quoi vous jouez.

Ah! ah! voilà comment vous nous amadouez?

Je suis votre mari, diantre ! et vous dis, madame, Je n'entends pas cela.

ANGÉLIQUE

Moi, je suis votre femme, Et dis que je l'entends.

GEORGE DANDIN, à part.

Je me sens dans les doigts Mille démangeaisons d'accommoder cent fois Sa figure en compote, à l'effet de la rendre Hors d'état de leur plaire à tous ces beaux Clitandre! Ah ! Dandin! tu pourrais faire quelque malheur. Mieux vaut quitter la place en rongeant ta douleur.

Il sort.

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