SCÈNE IX
M. DE SOTTENVILLE, MADAME DE SOTTENVILLE,
GEORGE DANDIN
GEORGE DANDIN
Enfin.
Vous n'avez pas voulu me croire ce matin.
302 OEUVRES D*ÉMILlS DESCHAMPS.
Pour nier, votre fille en a fait à sa mode, Mais j'ai de quoi prouver comme elle m'accommode. Et, Dieu merci, mon fait est si clair maintenant Que le doute, en ce point, serait impertinent , Et que vous conviendrez que l'on me déshonore.
H. DE SOTTENVILLE.
Notre gendre, eh I comment, vous en êtes encore Là-dessus I
GEORGE DANDIN
Sur quoi donc voulez-vous que je sois Après les coups sanglants qu'aujourd'hui je reçois?
MADAME DE SOTTENVILLE.
Vous nous brisez la tête avec la même antienne.
GEORGE DANDIN
Oui, madame, et l'on fait cent fois pis à la mienne.
M. DE SOTTENVILLE.
Ne VOUS lassez-vous point de vous rendre importun?
Non, mais bien d'être pris pour dupe par chacun.
MADAME DE SOTTENVILLE.
Eh quoi ! ne sauriez-vous de vos sottes pensées Vous défaire ?
GEORGE DANDIN
Non pas, elles sont trop sensées; Mais je me voudrais bien défaire lestement D'une femme qui fait ma honte et mon tourment.
MADAME DE SOTTENVILLE.
Jour de Dieul notre gendre, apprenez à bien dire.
M. DE SOTTENVILLE.
Corbleu ! c'est trop.
GEORGE DANDIN
Marchand qui perd ne peut pas rire.
GEORGE DANDIN. 303
MADAME DE SOTTENVILLE.
Souvenez-vous qu'enfin vous avez épousé Une demoiselle !
GEORGE DANDIN
Ouf I il serait malaisé De l'oublier jamais. Je m'en souviens de reste.
M. DE SOTTENVILLE.
Songez donc, mesurant votre air et votre geste, A parler d'elle avec plus de forme et d'égards.
Eh! que ne songe-t-elle, évitant tous écarts, A me traiter avec plus d'honneur elle-même, Par convenance et sans pour cela qu'elle m'aime? Eh quoi ! parce qu'elle est fille noble, il faudra Qu'elle fasse de moi... tout ce qu'elle voudra, Et sans que de souffler j'aie au moins la licence?
M. DE SOTTENVILLE.
Mais, elle a, ce matin, prouvé son innocence. Quand ce fut, devant tous, un point bien entendu Qu'elle ne connaît pas ce galant prétendu.
GEORGE DANDIN
Et si je vous disais, afin de la confondre,
Qu'il est seul avec «lie à présent : que répondre?
MADAME DE SOTTENVILLE.
Avec elle?
GEORGE DANDIN
Avec elle, et dans ma maison, là.
M. DE SOTTENVILLE.
Dans votre maison?
GEORGE DANDIN
Oui.
MADAME DE SOTTENVILLE.
Mon gendre, si cela M*est prouvé, nous serons tous deux pour vous contre elle
M. DE SOTTENYILLE.
L'honneur de notre nom est la grande querelle. Et si vous dites vrai, je ne la connais plus, Et nous Tabandonnons à vos droits absolus.
GEORGE DANDIN
Vous n'avez qu'à me suivre.
MADAME DE SOTTENYILLE.
Au moins, donnez la preuve.
M. DE SOTTENYILLE.
N^aliez pas faire encor comme tantôt.
GEORGE DANDIN
L'épreuve Est sûre. Vous verrez.
Montrant CUtandre, qai sort arec Angéli<iue.
Tenez, ai-je menti?