‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 140 sur 159 · CLITANDRE, LUBIN · texte numérisé non relu

CLITANDRE, LUBIN

CLITANDRE

La nuit est avancée, il est trop tard peut-être, J'en ai peur. Je ne puis, Lubin, me reconnaître.

LUBIN

Monsieur?

Est-ce par là?

LUBIN

Mais je pense bien qu'oui.

La sotte nuit, morgue I qu'on nous donne aujourd'hui ! Aussi noire qu'un fourl

CLITANDRE

Elle a grand tort, sans doute.

Si pourtant elle fait que nous n'y voyons goutte. Elle empêche aussi bien que nous ne soyons vus.

LUBIN

Bien dit, et nous voilà d'un voile épais pourvus. Monsieur, un mot : pourquoi, vous qui savez les livres. Ne fait-il donc pas jour la nuit?

CLITANDRE

Mais tu te livres A des pensers... c'est une énorme question.

LUBIN

Oh! oui, si j'avais eu de l'éducation.

GEORGE DÂNDIN. 311

J'aurais été songer à des choses, ma fine, Où n'a songé personne.

GLITANDRE.

Oui-da, tu m'as la mine D'avoir Tesprit subtil et pénétrant.

LUBIN

Certain Naturel... et tenez, j'explique le latin Sans que je l'aie appris du tout; de telle sorte Que voyant, l'autre jour, sur une grande porte, Le mot collegium, je me suis dit : Voilà Le collège.

GLITANDRE.

Mais c'est admirable cela !

Lubin? — Tu sais donc lire?

LUBIN

Oui, la lettre moulée.

Mais récriture, non, ma vue en est troublée Et je n'ai jamais pu m'en tirer.

GLITANDRE.

On ne peut Tout savoir. — Ahl je sens à mon cœur qui s'émeut Que voici la maison ; donnons, à la sourdine, Le signal convenu, tantôt, avec Claudine.

II frappe trois petits coups dans ses mains.

LUBIN

Morgue! c'est une fille... ahl... qui vaut de l'argentl Et je l'aime.

GLITANDRE.

Vois donc si je suis obligeant, Je t'amène à dessein pour que tu l'entretiennes.

LUBIN

Ahl monsieur I... Ahl Lubin, tu vas faire des tiennes I

GLITANDRE.

Chut 1 j'entends quelques bruits.

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