GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE, CLAUDINE
GEORGE DANDIN, à la fenêtre.
Colin I Ah I madame ma femme.
Je vous y prends à faire, aux moments où je dors, Des escampalivos f J'aime à vous voir dehors A l'heure qu'il est.
ANGÉLIQUE
Bon I le grand mal que de prendre Le frais de la nuit !
GEORGE DANDIN
Oui, le frais, il faut s'entendre.
Madame la coquine, et c'est plutôt le chaud.
On est dupé, volé, mais on n'est pas manchot. Et nous savons enfin les rendez-vous, l'intrigue Du damoiseau trompeur, et tout ce qui se ligue Pour former et sceller de scandaleux liens ; Nous avons entendu vos galants entretiens.
Et les beaux vers chantés dans Tombre à ma louange. Heureusement, voici l'instant où je me venge. Et vos parents vont être assurés, cette fois, De vos dérèglements ; ils viennent à ma voix, Et vous-même, en ces lieux, les verrez tout à l'heure.
Ah l ciel I
CLAUDINE
Madame...
GEORGE DANDIN
Ah I ah ! plus d'espoir qui vous leurre.
Voici, je crois, un coup que vous n'attendiez pas.
Je triomphe, et, morbleu! j'ai de quoi mettre à bas
Votre orgueil insolent et tous vos artifices.
Jusqu'ici, comme avec de secrets maléfices,
Vous avez déjoué mes accusations,
Ébloui vos parents, plâtré vos actions,
J'avais beau voir, beau dire, en tous les points maîtresse.
Sur mon bon droit toujours l'emportait votre adresse,
Et vous trouviez toujours moyen d'avoir raison.
Mais, Dieu merci, le faux n'est plus trop de saison.
Et tout va s'éclaircir, et votre effronterie
Sera parfaitement confondue et flétrie.
ANGÉLIQUE
Hé ! faites-moi, de grâce, ouvrir la porte.
GEORGE DANDIN
Point, 11 faut attendre ceux que j'ai mandés. — Le poiift Essentiel pour tous, c'est qu'ils vous trouvent seule Gourant les champs la nuit, vous si vaine et bégueule! En attendant qu'ils soient arrivés, vous plaît-il Chercher dans votre esprit quelque détour subtil Pour vous tirer d'affaire, inventer quelque ruse Pour habiller encor tout ce qui vous accuse.
Un bon prétexte auquel ne manque aucun détail D'escapade nocturne ou d'amie en travail D'enfant, que vous veniez d'assister? — A tout prendre, Cela se peut.
ANGÉLIQUE
Non, non ; je n'ai de me défendre Aucune intention, et ne veux pas nier Les choses, puisqu'enfin vous les savez.
GEORGE DANDIN
Dernier Degré de l'impuissance I ah! c'est que toute excuse Échappe à votre audace, et que, triste et confuse, Le mensonge est pour vous impossible.
ANGÉLIQUE
J'ai tort.
Et vous avez sujet de vous plaindre très-fort.
GEORGE DANblN. 323
Je le confesse; mais, hélas! je vous conjure, De ne m'exposer point maintenant à l'injure, Aux coups de mes parents... vos sentiments humains Vont parler... ouvrez-moi...
GEORGE DANDIN
Je vous baise les mains.
ANGÉLIQUE
Ahl mon pauvre petit mari, quelle détresse!
Ah! Qion pauvre petit mari! — Je suis, traîtresse, Votre petit mari, quand vous êtes à bout, Quand vous vous sentez prise, et tout cela me bout Du lait! j'en suis très-aise, et de vous mes oreilles N^ont pas pris l'habitude à des douceurs pareilles.
ANGÉLIQUE
Tenez, je vous promets de ne plus vous causer Aucun sujet de plainte, et de ne m'exposer...
GEORGE DANDIN
Ta, ta! je ne veux point perdre cette aventure, Et je veux qu'on la sache et quelle créature Vous faites, et quels sont tous vos déportements.
A NGÉLIQUE.
De grâce, accordez-moi quelques petits moments D'audience.
GEORGE DANDIN
Eh bien! qu'est-ce? — Ah! mauvaise pécore I
ANGÉLIQUE
Il est vrai, j'ai faibli, je le confesse encore ;
Votre couroux est juste, et j'ai pris, pour sortir
Le temps que vous dormiez; puis, à ne point mentir,
C'était un rendez-vous promis à la personne
Dont... mais ce sont des traits qu'à mon âge on pardonne,
De ces emportements de novice, qui naît
Au monde, que son cœur ne craint ni ne connaîti
Je triomphe, et, morbleu! j'ai de quoi mettre à bas
Votre orgueil insolent et tous vos artifices.
Jusqu'ici, comme avec de secrets maléfices,
Vous avez déjoué mes accusations,
Ébloui vos parents, plâtré vos actions,
J'avais beau voir, beau dire, en tous les points maîtresse.
Sur mon bon droit toujours l'emportait votre adresse,
Et vous trouviez toujours moyen d'avoir raison.
Mais, Dieu merci, le faux n'est plus trop de saison.
Et tout va s'éclaircir, et votre efifronterie
Sera parfaitement confondue et flétrie.
ANGÉLIQUE
Hé ! faites-moi, de grâce, ouvrir la porte.
GEORGE DANDIN
Point, Il faut attendre ceux que j'ai mandés. — Le poiift Essentiel pour tous, c'est qu'ils vous trouvent seule Courant les champs la nuit, vous si vaine et bégueule! En attendant qu'ils soient arrivés, vous plaît-il Chercher dans votre esprit quelque détour subtil Pour vous tirer d'affaire, inventer quelque ruse Pour habiller encor tout ce qui vous accuse.
Un bon prétexte auquel ne manque aucun détail D'escapade nocturne ou d'amie en travail D'enfant, que vous veniez d'assister? — A tout prendre, Cela se peut.
Non, non ; je n'ai de me défendre Aucune intention, et ne veux pas nier Les choses, puisqu'on fin vous les savez.
GEORGE DANDIN
Dernier Degré de l'impuissance I ah! c'est que toute excuse Échappe à votre audace, et que, triste et confuse, Le mensonge est pour vous impossible.
ANGÉLIQUE
J'ai tort.
Et vous avez sujet de vous plaindre très-fort.
GEORGE DANblN. 323
Je le confesse; mais, hélas! je vous conjure, De ne m'exposer point maintenant à Tinjure, Aux coups de mes parents... vos sentiments humains Vont parler... ouvrez-moi...
GEORGE DANDIN
Je vous baise les mains.
ANGÉLIQUE
Ah I mon pauvre petit mari, quelle détresse I
GEORGE DANDIN
Ah! çion pauvre petit mari! — Je suis, traîtresse, Votre petit mari, quand vous êtes à bout, Quand vous vous sentez prise, et tout cela me bout Du lait! j'en suis très-aise, et de vous mes oreilles N*ont pas pris Thabitude à des douceurs pareilles.
Tenez, je vous promets de ne plus vous causer Aucun sujet de plainte, et de ne m'exposer...
GEORGE DANDIN
Ta, ta! je ne veux point perdre cette aventure, Et je veux qu'on la sache et quelle créature Vous faites, et quels sont tous vos déportements.
A NGÉLIQUE.
De grâce, accordez-moi quelques petits moments D'audience.
GEORGE DANDIN
Eh bien! qu'est-ce? — Ah! mauvaise pécore 1
ANGÉLIQUE
Il est vrai, j'ai faibli, je le confesse encore ;
Votre couroux est juste, et j'ai pris, pour sortir
Le temps que vous dormiez; puis, à ne point mentir,
C'était un rendez-vous promis à la personne
Dont... mais ce sont des traits qu'à mon âge on pardonne,
De ces emportements de novice, qui naît
Au monde, que son cœur ne craint ni ne connaiti
Je triomphe, et, morbleu! j'ai de quoi mettre à bas
Votre orgueil insolent et tous vos artifices.
Jusqu'ici, comme avec de secrets maléfices.
Vous avez déjoué mes accusations.
Ébloui vos parents, plâtré vos actions,
J'avais beau voir, beau dire, en tous les points maîtresse,
Sur mon bon droit toujours l'emportait votre adresse,
Et vous trouviez toujours moyen d'avoir raison.
Mais, Dieu merci, le faux n'est plus trop de saison.
Et tout va s'éclaircir, et votre effronterie
Sera parfaitement confondue et flétrie.
ANGÉLIQUE
Hé ! faites-moi, de grâce, ouvrir la porte.
G£0RGE DANDIN.
Point, Il faut attendre ceux que j'ai mandés. — Le poiift Essentiel pour tous, c'est qu'ils vous trouvent seule Courant les champs la nuit, vous si vaine et bégueule! En attendant qu'ils soient arrivés, vous plaît-il Chercher dans votre esprit quelque détour subtil Pour vous tirer d'affaire, inventer quelque ruse Pour habiller encor tout ce qui vous accuse.
Un bon prétexte auquel ne manque aucun détail D'escapade nocturne ou d'amie en travail D'enfant, que vous veniez d'assister? — A tout prendre. Cela se peut.
ANGÉLIQUE
Non, non ; je n'ai de me défendre Aucune intention, et ne veux pas nier Les choses, puisqu'enfin vous les savez.
GEORGE DANDIN
Dernier Degré de l'impuissance I ah! c'est que toute excuse Échappe à votre audace, et que, triste et confuse, Le mensonge est pour vous impossible.
ANGÉLIQUE
J'ai tort.
Et vous avez sujet de vous plaindre très-fort.
GEORGE DANblN. 323
Je le confesse; mais, hélas! je vous conjure, De ne m'exposer point maintenant à l'injure.
Aux coups de mes parents... vos sentiments humains Vont parler... ouvrez-moi...
GEORGE DANDIN
Je vous baise les mains.
ANGÉLIQUE
Ahl mon pauvre petit mari, quelle détresse!
GEORGE DANDIN
Ah! çion pauvre petit mari! — Je suis, traîtresse, Votre petit mari, quand vous êtes à bout, Quand vous vous sentez prise, et tout cela me bout Du lait! j'en suis très-aise, et de vous mes oreilles N'ont pas pris l'habitude à des douceurs pareilles.
ANGÉLIQUE
Tenez, je vous promets de ne plus vous causer Aucun sujet de plainte, et de ne m'exposer...
GEORGE DANDIN
Ta, ta I je ne veux point perdre cette aventure, Et je veux qu'on la sache et quelle créature Vous faites, et quels sont tous vos déportements.
A NGÉLIQUE.
De grâce, accordez-moi quelques petits moments D'audience.
GEORGE DANDIN
Eh bien! qu'est-ce? — Ah! mauvaise pécore i
ANGÉLIQUE
Il est vrai, j'ai faibli, je le confesse encore ;
Votre couroux est juste, et j'ai pris, pour sortir
Le temps que vous dormiez; puis, à ne point mentir,
C'était un rendez-vous promis à la personne
Dont... mais ce sont des traits qu'à mon âge on pardonne,
De ces emportements de novice, qui naît
Au monde, que son cœur ne craint ni ne connaiti
324 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.
Et de ces libertés où l'on se livre en brave
Sans y penser de mal, et qui n'ont rien de grave.
GEORGE DANDIN
Oui, vous le dites, mais ce sont, j'en fais serment, De ces choses qu'il faut croire pieusement.
ANGÉLIQUE
Je ne veux point en rien prendre ici ma défense,
Vous priant seulement d'oublier une offense,
De quoi je vous demande avec larmes pardon.
Et d'épargner encor à mon triste abandon
Les reproches cruels de parents que j'adore.
Ah! si vous m'accordez la grâce que j'implore.
Cette rare bonté vous gagnera mon cœur.
Où germera pour vous tout ce que la rigueur
Du devoir et des lois n'y pouvaient faire naître ;
En un mot, je saurai faire en moi disparaître
Toute coquetterie, et ne verrai que vous.
Je vous donne ma foi qu'un procédé si doux
Me fera devenir la femme la meilleure
Oui soit dans tout le monde, et qu'enfin d'heure en heure
Je vous témoignerai, voyez- vous, tant et tant
De gentille amitié que vous serez content.
GEORGE DANDIN
Ah! crocodile infâme, et qui d'abord caresse Pour nous mieux étrangler.
ANGÉLIQUE
Pardonnez , le temps presse.
Ouvrez-moi.
GEORGE DANDIN
Point d'affaire, et je suis sans merci.
ANGÉLIQUE
Montrez-vous généreux.
Non.
ANGÉLIQUE
Pitié!
GEORGE DANDIN. 325
GEORGE DANDIN
Hors d'ici I
ANGÉLIQUE
Ah 1 c'est de tout mon cœur que je vous en supplie !
GEORGE DANDIN
Non, non, non. Ce n'est point de ces torts qu'on oublie. Je prétends que de vous chacun soit détrompé, Et que de votre honte on soit partout frappé.
ANGÉLIQUE
Hé bien! si jusque-là vous m'exaspérez Tâme Montée à cet excès, vous verrez qu'une femme Est capable de tout, et, pour moi, je ferai Des choses, croyez-m'en, bien loin de votre gré... Qui d'amers repentirs vous deviendront la source.
GEORGE DANDIN
Et que feriez-vous donc, s'il vous plaît?
ANGÉLIQUE
Ma ressource.
Mon envie, est d'aller jusqu'aux extrémités Des résolutions et des calamités.
Ce couteau que voilà suffit pour que je meure.
A la bonne heure donc I
ANGÉLIQUE
Pas tant à la bonne heure Pour vous que yous croyez. On sait de tous côtés Nos différends et tout ce que vous me portez De haine en votre cœur. Lorsqu'on me verra morte, Morte violemment de cette horrible sorte.
Aucun ne doutera que l'auteur n'en soit vous Qui m'aurez immolée à vos transports jaloux.
Et mes parents, témoins de votre félonie.
Ne sont point pour laisser cette mort impunie, Et vous accableront de tout le châtiment Qu'apportent la justice et leur ressentiment.