‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 17 sur 159 · SCÈNE XV ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XV ET DERNIÈRE

Les Précédents, JULIETTE, CLAIRE.

JULIETTE, accourant.

Ah! mon oncle, d'un tort il faut que je m'accuse;

D'un tort, vous le voyez, dont je suis bien confuse.

Du théâtre aujourd'hui Tesprit préoccupé.

Un devoir qui m'est cher m'était presque échappé ;

J'oubliais votre fête, une main attentive

M'a partout remplacée, et je vois, quand j'arrive,

De chiffres, de flambeaux se parer le jardin ;

J'en dois remercier qui?... monsieur Verdelin?

VERDELIN

Non, l'auteur fortuné d'une action si belle...

CLAIRE, montrant Gerval fils.

Est monsieur que voilà.

JULIETTE

Monsieur... je me rappelle.

Où l'ai-je vu, mon oncle?...

LORMON.

Au bal, puis ce portrait»..

JULIETTE

Vous savez...

LORMON.

Oui.

GERYAL FILS.

Mon pèrel

GERVAL PÈRE.

Enfin, tout m'apparaît.

LORMON, à Gerral père, montrant Verdelin.

Tenant la main de Juliette.

Pauvre enfant! pour monsieur tu l'avais demandée,

Montrant Gerral fils.

Et pour ce brave, moi, je l'avaîs accordée. *

GERVAL PÈR^, à Verdelin.

Monsieur, j'ai deux enfants, j'allais sacrifier

A Taîné sottement, le bonheur du dernier.

Père dénaturé, je prétends, au contraire.

Immoler au cadet tous les droits de son frère.

Montrant son fils.

Au nom de celui-ci j^accepte un doux hymen, Vous, comme il vous plaira traitez Philopœmen,

YERDELIN.

Je reprends ma justice. Elle sera sanglante.

GERYAL PÈRE.

Eh bien, vous aurez tort, ma pièce est excellente. J'en puis parler, je crois, tout haut, sans vanité, Car je suis, pour moi-môme, une postérité.

VERDELIN, déchirant son second article.

Et de deux I

LORMON.

Votre miel aisément tourne à l'aigre I

YERDELIN.

L'avocat dévoué redevient juge intègre.

GERYAL FILS.

Monsieur juge de loin.

GERYAL PÈRE.

Il était...

GERYAL FILS.

Dans Auteuil, A l'heure où tout Paris yous faisait tant d'accueil!

GERYAL PÈRE.

Et moi qui redoutais l'arrêt d'un si grand maître!

A Yerdelio.

J'en suis fâché, monsieur, mais on va vous connaître ! Vous ne. pourrez plus nuire, avec vos jugements, A personne.

YERDELIN.

Si fait, dans les départements]

GERYAL PÈRE.

L'opinion au loin met à chacun sa marque.

42 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

Et du zoïle enfin distingue Taristarque.

Gloire au critique vrai qui se montre partout Guide éclairé de Tart et vengeur du bon goût! Mais du mal et du faux ces ignares apôtres...

VERDELIN

Vous avez bien raison, ces gens font tort aux autres. Un mot : les amis font vos succès, en tout lieu, Et les succès vous font des ennemis. — Adieu!

n sort menaçant.

LORHON.

Gerval, si le dégoût au théâtre ordinaire Ne t'avait pas contraint d^ôtre millionnaire, Tu serais allé loin t

GERVÂL PÈRE.

Qui sait? — Quoi qu'il en soit, Il est un noble espoir que mon âme conçoit :

C'est qu'en ce siècle, où tout en vitesse est habile, Nous n'aurons pas longtemps un théâtre immobile. J'appelle le progrès, et, bien qu'ayant été L'un des heureux du siècle, il est de Féquité Que les rois fainéants du tragique domaine.

Sans un tour de faveur accueillent Melpomène ; Que le public soit juge, et que dorénavant.

On puisse être, du moins, sifflé de son vivant! Je ne dis pas qu'un jour je n'essaie à reprendre Mes pinceaux. — J'ai le plan d'un certain Alexandre; Puissent bientôt les Grecs, vengés, indépendants...

Il ressent une douleur de goutte, et il reprend en souriant.

Je suis fou ; je retourne à mes correspondants,

Aux soins de mon commerce, et, dans ces jours prospères.

Aux plaisirs de tous temps... Mon vieil ami, les pères

De folles vanités ont de rares accès ;

Le bonheur des enfants, voilà leur vrai succès !

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