‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 36 sur 159 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SBLMOURS, M. PICKLE.

M. PIGRLE.

Selmours, qu'est-on venu me conter d'un duel ?

SELMOURS.

Silence!

SELMOURS. 89

M. PIGKLE.

Vous suivez cet usage cruel!

Vous, colonel, prétendre à si mince victoire? Servez votre pays, il n'est pas d'autre gloire... Mais d'abord, est-il sûr qu'on vous ait insulté?

Oui, c'est un inconnu, c'est un jeune éventé. L'amant de miss Jenny, qui m'a cherché querelle. Je n'ai point, ni ne veux avoir de droits sur elle ; Mais l'injure fut grave et pourrait faire éclat. Et j'espère, avant peu, corriger notre fat.

M. PIGKLE.

Le corriger, monsieur l Ah! j'entends, c'est-à-dire Le tuer!

SELMOURS.

Je frémis du danger qu'il s'attire.

M. PIGKLE.

Et savez- vous quel est ce jeune écervelé?

SELMOURS.

L'amant de miss Jenny, comme il s'est appelé.

M. PIGKLE.

C'est mon fils, malheureux, mon fils! et dans une heure, De votre propre main, vous prétendez qu'il meure!

SELMOURS.

Ciel! que me dites-vous?

M. PIGKLE.

Ce qu'au même moment M'apprend son précepteur. Laissons tout argument; D'écouter la raison vous n'êtes pas capable; Écoutez donc mon cœur : vous seriez bien coupable. Pour un vain préjugé, d'immoler sans pitié Les liens les plus chers, le sang et l'amitié. Et le respect qu'on doit aux cheveux blancs d'un père.

SELMOURS.

Monsieur...

90 OEUVRES D'EMILE DfiSCHAMPS.

H. PIGKLE.

Vous VOUS taisez, votre cœur délibère !

Il hésite à jurer, dans sa rage affermi, Que vous ne tûrez pas le fils de votre ami.

Voilà donc la vertu dans le monde suivie !

L'homme qui pour sauver sa fortune, sa vie.

Ne consentirait pas, dans un pressant danger, A faire au bien d'autrui le tort le plus léger. Esclave d'un honneur atroce et ridicule.

Cet homme, se peut-il I ne se fait pas scrupule* De priver un vieillard, un père du seul bien Qui lui reste, d'un ûls, sa joie et son soutien! Et cet homme, ou plutôt ce meurtrier, aspire A l'estime du monde, et voudra qu'on Tadmire!

SELMOURS.

Eh! mais, je ne suis pas l'agresseur.

M. PICKLE

Je le sai, Par Robert, sans motif, vous fûtes offensé.

Dites-vous; son insulte est maintenant publique. Eh bien, je vous demande un pardon authentique. Je le demanderais en présence de tous.

Et ne rougirais pas d'embrasser vos genoux.

SELMOURS, troublé.

Gardez-vous-en, monsieur.

M. PICKLE

Promettez donc, barbare.

Que ce n'est pas la mort qu'un ami me prépare.

Ehl monsieur, suis-je sourd aux cris de votre cœur? Cet usage insensé, j'en maudis la rigueur.

Nommez ce préjugé ridicule, sauvage.

Oui, c'est un honneur faux, un atroce esclavage. J'en conviens sans détour, je m'y soumets pourtant ! Vous, qui dites si haut que mon désir constant Est de flatter en tout l'opinion du monde.

SELMOURS. 91

Est-ce sur un tel point quMl faut que je la fronde? Ce duel, aujourd'hui, vous voulez Tempêcher, Mais Tun l'autre, demain, nous irions nous chercher; Votre fils, comme moi, ne veut rien d'équivoque... S'il se désiste, eh bien I c'est moi qui le provoque... Il n'est donc qu'un moyen, vous n'avez qu'un espoir...

M* PICKLE

Lequel? Parlez I Mon fils, dois-je encor le revoir?

SELMOURS.

J'épargnerai ses jours, monsieur; je vous en donne Ma parole d'honneur qui n'a trompé personne.

Croyez à ma prudence, et que je fais ici Tout ce que puis faire, en m'engageant ainsi.

M. PICKLE

Le voilà cet ami comme il n'en est point d'autre!

SELMOURS.

Ma-parole est à vous, mais il me faut la vôtre.

J'exige qu'étranger à ce fatal débat.

Vous restiez là, cloué, jusqu'après le combat.

M. PICKLE

Il faut...

Que vos discours ne fassent rien connaître.

Je vous demande une heure; après, vous serez maître. A moins d'un tel serment, je ne réponds de rien.

M. PICKLE

Noble et cruel ami, je vous le jure.

SELMOURS.

Eh bien, Vous serez content.

Il prend les pistolets.

M. PICKLE

Ciel! moi, votre ami, son père!...

SELMOURS.

Nous reviendrons bientôt, tous les deux, je l'espère.

92 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

Si je ne reviens pas... donnez à votre sœur Ce billet qui contient le secret de mon cœur.

M. PIGKLE.

Mais...

SELMOURS.

Votre fils m'attend. Assuré qu'il doit vivre. N'exigez rien de plus, gardez-vous de nous suivre.

H. PIGKLE.

Embrassez-moi.

SELHOURS, montrant la lettre sar le tablier du secrétaire.

Songez que mon honneur est là.

Je pars... Une heure encor trompez mon Élisa.

n sort.

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