DON JUAN, LBPORELLO, LB COMMANDEUR
LE COMMANDEUR, sur l'escalier de son palais,
l'épée à la main.
Ma fille! scélérat! en garde!
DON JUAN
Moi te combattre ! je n'ai garde. •
LE COMMANDEUR, en bas du perron.
J'arrive ici pour te punir.
DON JUAN
Va, j'ai pitié de ta démence.
LE COMMANDEUR
Plus un mot et vite en défense!
LEPORELLO
Je n'ai, je crois, qu'à déguerpir.
LE COMMANDEUR
J'attends, lâche; en veux-tu finir!
DON JUAN
A ton défi tu joins l'offense :
Faible ennemi, tu vas mourir!...
Ils se battent.
ENSEMBLE
LE COMMANDEUR, blessé & mort.
Au secours! bonté divine!
Ah! le traître m'assassine!
C'en est fait, de ma poitrine
108 OKUVKES D'EMILE DESCHAMPS.
Je sens mon âme partir.
Il tombe.
DON JUAN
Sous la mort qui le domine Le vieillard plie et s'incline; Et je vois de sa poitrine La vie et le sang jaillir.
LEPORELLO
Encore un quMl assassine!
L'effroi presse ma poitrine ; Je suis sous la main divine.
N'osant parler ni m'enfuir.
Récitatif,
DON JUAN
LeporelloI Lé ^rôle, où donc est-il?
LEPORELLO
Ici, Ici, pour mon malheur; et vous!
DON JUAN
Moi, me voici.
LEPORELLO
Et quel est le mort? vous ou le vieux?
DON JUAN
Lui, j'espère.
LEPORELLO
Le commandeur! bravo! Deux beaux exploits. Ainsi Vous enleviez la fille, et vous tuez le père. Fort bien î
DON JUAN
Il l'a voulu, c'est sa faute.
LEPORELLO
Soit, mais La senora que voulait-elle?
DON JUAN. 109
DON JUAN, rêveur.
Paix.
Que puis-je, moi? si tout est hasard et mystère. Il m'eût fallu la voir ou plus tôt ou jamais, Cette pauvre Anna!... Viens; surtout songe à te taire. Si tu ne veux toi-même...
LEPORELLO
Oh! moi, rien, je me tais.
Ils sortent.