VI
Aile est folâtre I
géronte.
Ma fille est- elle, avec Tinfirmité qu'elle a, En état maintenant de prétendre à cela?
D'ailleurs, quand j'ai voulu la marier naguère, Ne s'est-elle pas mise avec moi-même en guerre?
JACQUELINE
Je crois bian, vous vouliez li bailler un mossieu Qu'elle ne pouvait pas sentir. Eh ! jour de Dieu! Que ne choisissiez-vous le beau seigneur Léandre Qui li touchait au cœur : elle eût pas fait attendre Pour son obéissance, et je m'en vas gager Qu'il serait, comme aile est, tout prêt à s'en charger.
GÉRONTE
Ce Léandre n'est pas ce qu'il faut; c'est le vôtre. Non le mien. — Il n'a pas du bien comme en a l'autre.
JACQUELINE
Et cet oncle tout d'or, dont il est héritier.
GÉRONTE
Biens à venir, chanson. — Un héritage entier
Qu'on ne tient pas n'est rien. La mort n'a pas l'oreille
Toujours ouverte aux vœux des héritiers. — On veille
A calculer; on prie, on se perd en espoir,
Et d'ordinaire on a tout le loisir d'avoir
Les dents longues d'un pied, lorsqu'on attend pour vivre
Le trépas de quelqu'un. — Mauvais système à suivre !
En mariage, ainsi qu'ailleurs, contentement
Passé richesse ; et père et mère bonnement
De demander toujours : Et qu'a-t-il? et qu'a-t-elle?
Et le compère Piarre a fait sottise telle
Que marier sa fille Annette au gros Thomas ^
Pour un quartier de vaigne, avec un sale amas
De gros sols, qu'il avait davantage que Claude,
Où qu'aile avait bouté son amitié, sans fraude ;
Et pis v*là que la pauvre enfant, j'en suis témoin, Est devenue à rien et jaune comme un coin, Et n'a point profité depuis ce temps. — J'espère Monsieur, que c'est un bel exemple pour un père I On n'a que son plaisir en ce monde, et pour vous, J'aimerais mieux bailler à ma fille, entre nous, Un bon mari qui fût le vrai pied à sa chausse, Que toutes les moissons et rentes de la Biausse.
GÉRONTE
Peste, nourrice, et quel moulin! —Mais, s'il vous plaît, Finissons; vous pourriez échauffer votre lait.
LUCAS, frappant à chaque phrase sur Tépaale de Géronte.
Morgue, tais-toi, t'es une impertinente langue. Et monsîeu n'a que faire ici de ta harangue.
Il sait ce qu'il doit faire, et tu le fatiguas. Môle-toi de donner à téter à ton gas.
Monsieur Géronte est seul le père de sa fille. Il est bon pour savoir ce qu'il l'y faut. — Babille Là-bas.
Tout doux! tout doux!
LUCAS, frappant encore sur l'épaule de Géronte,
Monsieu, laissez ; j'ai droit De la mortifier pour ce qu'elle vous doit De respect; aile n'a que voir dans vos affaires.
GÉRONTE
Oui, mais ces gestes-là ne sont pas nécessaires.