NOTICE SUR LE PERSONNAGE DE TITANIA
Qu'on se figure la grâce, la bonté et l'amour sous une forme de jeune fille, avec des ailes de sylphe et une baguette de fée, et on aura presque Titania. Titania, c'est la personnification idéalisée de tout ce qui est charmant dans la nature, c'est la puissance de la déesse avec la faiblesse de la femme. Elle commande avec douceur à tout un peuple d'esprits; et que leur commande-t-elle? C'est de tuer le ver caché dans le sein odorant des fleurs; ou de faire la guerre aux chauves-souris pour avoir leurs ailes de peau, afin d'en habiller ses petits sylphes; ou d'écarter la chouette, qui dans la nuit insulte par son cri sinistre aux jeux aériens des fées; c'est enfin de mettre en fuite tout ce IV. 16
qu'il y a de laid ou de malfaisant. Titania se plaît beaucoup à favoriser les chastes amours, à réunir les cœurs divisés par la méchanceté des hommes ou les rigueurs du sort. Et puis elle veut que tout soit musique et danse autour d'elle. Rien ne lui plaît comme les rondes et les concerts de ses légères et tendres sylphides. Sa vie immortelle se nourrit, minute par minute, de Tamour et des arts, les deux seules belles choses de la terre qu'on retrouvera sans doute au ciel. Titania parle une langue plus molle que la brise d'un soir d'août; Titania glisse dans l'air, et à peine ses pieds ont-ils touché nos gazons, qu'elle s'étend voluptueusement sous un berceau de myrtes pour y chercher un frais sommeil sans rêve, ou de beaux rêves sans sommeil.
Cependant un grand chagrin a pénétré jusqu'au fond de son cœur, comme un scorpion dans une rose. Obéron, son époux, le roi des fées, veut qu'elle lui cède son nain, jeune enfant dérobé à un roi de l'Inde. Titania l'aime cet enfant, dont la mère était une fée mortelle attachée à sa cour. De là des querelles qui font que tous les sylphes se cachent de frayeur dans les épis de blé. Obéron, pour se venger de la reine, appelle le lutin Puck et lui ordonne de chercher une fleur magique dont le suc, exprimé sur les yeux endormis de Titania, la frappera d'aveuglement et son cœur aussi, de telle sorte qu'elle se prendra d'amour pour le premier objet que rencontrera son réveil, fût-ce un âne ou un singe, et qu'elle lui cédera son petit page sans savoir ce quelle fait. Le charme s'accomplit, et c'est sur le tisserand Bottom, à qui Obéron a pr^té une tête d'âne, que tombe l'amour de l'aveugle Titania.
Enfin Obéron, après avoir obtenu son nain par subterfuge, lève le charme qui pesait sur les yeux de la reine et changeait son cœur • ils reprennent l'un pour l'autre leur premier et immortel amour, et vont hâter les trois noces athéniennes; puis ils s'évaporent avec tout leur peuple de fées et d'esprits, car le coq a chanté.