‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 158 sur 194 · LL'^OX · texte numérisé non relu

LL'^OX

Oui, sans doute; c'dlait la seule personne d'ici que j'aimasse un peu, et je n' veux rien écouter qu'on ne me l'ait rendu à la vie.

BOUCHE-DE-FER

Ail çà ! qu'est-ce que ça signifie ? faut-il qu'une bêle défunte l'emporte sur une personne telle que moi?

LISON

Pauvre petit pinson ! c'est peut-être vous qui lui avez donné le coup de pouce?

BOUCHE-DE-FER

Lison, ze ne me sers point de pinson pour mon usaze liabituel, ainsi vous me charzez là d'une inculpation gratuite. Ze vous ferai d'ailleurs observer que ze suis h zeun, et (piand ze suis à zeun, Lison, ze n'aime pas qu'on me mette (le mauvaise liumeur... Approsez ici, voyons votre livre de dépense et vos commissions; avez-vous passé sez le sculpteui'?

LISON

Oui, monseigneur, il doit vous envoyer aujourd'hui même les quatre statues en terre cuite que vous lui avez commandées.

BOUCHE- DE-ri:n.

Fort bien. Ensuite... voyons, qu'avez-vous apporté? (L'obsrrvnni.) Mon baba ?

LISON, troublée.

Aux confitures ?

LE CHAT BOTTK 309

BOUCHE -ni:-FER.

Précisément... Vous vous troublez, Lison ! cli bion ?...

LISON, de même.

Dame, monsieur... c'est que... une aventure bien singulière, allez... vous me croirez si vous voulez, mais j'avais mis dans mon panier un lièvre, votre baba et une couple de perdreaux que j'avais achetés au marché, et pendant que je regardais en l'air, tout ça s'est envolé ensemble, brrrr.

BOUCHE-DE-FEU

Ah çà! Lison, me prenez-vous pour un Zéronle ou pour un ogre de comédie, avec vos perdreaux, vos brrrr, vous me faites là des contes de pizeon vole! ze ne sais qui me retient...

LISOX, avec humeur.

Eh bien ! si vous n' voulez pas me croire, fâchez-vous ; je suis bien bonne de vous écouter... pour un lièvre et deux vilains perdreaux... tenez, tenez, v'ià votre dépense et vos registres, faites vos commissions vous-même.

(Elle jette tout par terre.) BOUCHE-DK-KER.

Ze vous le dewiande, a-t-on idée d'un pareil caractère !... quand elle devrait être à mes zenoux à me demander pardon !

LISON

Ah ! ben oui, vous n'avez qu'à m'y attendre.

BOUCHE-DE-FER

Mais vous ne savez donc pas, Lison, le sort qui vous est réservé?... vous ne savez donc pas que vous avez mérité d'être... Eh bien! ze veux encore vous pardonner... ze veux même, par une clémence inouïe, vous élever du rang où vous êtes à celui de ma compagne, et pour cela ze ne vous demande que de m'aimer.

LISON

Vous aimer !

310 COMKDIES — VAUDEVILLES

BOUCEIE-DE-FER.

Oui.

LISON

Ah! ben ça n' se peut pas, et j'aime mieux être mangée.

BOUCHE-DE-FER

Comment! est-il possible?...

LISON

Je veux être mangée, je vous dis.

BOUCIIE-DE-FER.

Eh bien ! tu seras satisfaite.

(il fait un mouvement et s'arrête.)

LISO.V, le regardant en souriant.

Alli de Ma lanle Aurore.

Premier coitplet.

Mais à quoi bon celte colère?

Tenez, monseigneur, mieux que vous Je connais votre caractère :

Il est galant, aimable et doux; Si j'en croyais votre figure, Je pourrais bien treml)ler, hélas ! Mais vot' jjon naturel me rassure.

Et malgré ces cris, ces éclats, Non, monseigneur, vous n' me mang'rez pas, Non, ra n' se peut pas.

BOUCHE-DE-IER

Ze ne sais où z'en suis, ze ne me reconnais plus.

Deuxième couplel.

Croyez-moi, fillette jolie Ne craint i»as de tels accidents ; Quand vous vous mettrez en forie, Miuiiid VOUS me montrerez les dents...

LIi CHAT UOTTK • lill

Vous feriez bien mieux, je le jure, De parler sur un ton plus bas.

BOOCHE-DE-FER.

Eh bien ! me voilà à les zenoux, na...

LISOX, continuant.

Vous r voyez bien, j'en étais sûre, Malgré ces cris et ce fracas, Non, monseigneur, vous n' me mang'rez pas. Non, ça n' se peut pas, Non, oa n' so peut pas.

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