SCENE XIV
BOUCHE-DE-FER, LE CHAT, LISON; les autres personnages, ainsi qu'il est indiqué ci-dessus. Bouche-de-Fer descend par le fond, assis sur un nuage.
LISOX, à part.
Ce pauvre Jean, c'en est fait de lui, c'est sûr; comment le sauver? (Haut.) Déjà de retour, monseigneur!...
BOUCHE-DE-FER
Ma foi, z'ai laissé mon griffon en route... la pauvre béte était rendue... z'ai profité de l'occasion d'un nuazo qui levenail à vide.
LISON, tremblante.
Vous avez sans doute réussi.
BOUCHE-DE-FER
Au delà de mes espérances. Pour le coup, ze les tiens !... le prince... ton marquis de Carabas et son bretteur de Turcamore... ils y passeront tous.
MIROBOL.XN, » part.
Aïe !
BOUCIIE-DE-FER, apercevant les quatre personnages en statues.
Qu'est-ce que ze vois là? ce sont les quatre st.îtuos que z'avais commandées; le sculpteur est donc venu?...
LlSOX, toujours tremblante.
Oui, monseigneur, il les a placées lui-même.
BOUCnE-DE-FER, redressant Mirobolan qui cbancelle.
En voilà une qui est toute de travers... il ne les a pas bien calées. (li les examine.) Qucls diables de vizazes a-t-il pris pour modèles? (Montrant Dososluccs.) Pcut-on faire une ligure^
aussi plate? (Montrant Turcamore.) Et CCI air Ilébété ! (Montn.nt
Jeun.) Le petit boufli n'est i)as trop mal, lui : mais pour les
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trois autres, elles ne me conviciiiioul pas... «[uon inc les zellc par la fenêtre.
MSON, effrayée.
Oli ! monsciifiiem- ; il y a trente pieds de haut.
LKS QU.VTRE STATUES, treniblnnt.
Ouf!
BOUCHE-DE-KLK.
Qu'importe? raison de plus.
LISO.N, balbutiant.
Ce serait dommage... en les faisant passer pour des magots de la Cliine, vous pourrez les revendre avantageusement.
BOUCHE-DE-FEK.
A la bonne heure!... cependant...
» LISO.N, l'interrompant.
Vous disiez donc, monseigneur, que votre parrain l'enchanteur...
BOUCHE-DE-FEU
M'a donne le talisman le plus précieux... ce sont trois paroles maziques av>. ; lesquelles zc puis tout détruire...
.MIROBOLAX.
Ah! mon Dieu!... je crois qu'il me regarde!...
BOUCHE-DE-FER
Ou tout animer... Tiens, z'ordonne à ces quatre statues
d'éternuer. (Les quatre statues éternuent ) DiCU VOUS bénisse !. . .
que VOUS disais-ze?...
LISOX.
Voilà trois mots bien terribles !...
BOUCHE-DE-FER
Mon pouvoir est tel, que ze n'ai qu'à prononcer ces trois mots maziques pour me transformer à volonté... et tu sens bien que, pouvant prendre à mon gré toutes les figures, il y
aura bien du malheur si ze n'en rencontre pas une qui puisse
te plaire...
JEAN, à part.
Ah ! mon Dieu ! s'il allait emprunter la mienne!
LISON
C'est admirable de pouvoir se métamorphoser ainsi.
BOUCIIE-DE-FER.
.4//; ; J'ai vu partoul clans mes voyages. (Le Jalonr malgré lut.
Pour approcher d'une cruelle, Ze pourrai prendre sans façon La forme de son cien fidèle Ou de son perroquet mignon :
Pour séduire une Agnès bien ncuvi^, La forme d'un cousin céri ; Ou pour effrayer une veuve, Celle de son défunt mari I
(Pendant ce temp-i, le ehat est derrière Lisoo, et parait lui faire la leçon pour ce qui suit. ) LISOX, liésitant.
Comment, monseigneur, vous avez le secret...
BOUCIIE-DE-FEU.
Tu sens quel avantaze pour moi ! ze prends la torme d'un lion et ze dessire mes rivaux en deux coups de patte; ze me chanze en éléphant et z' avale toute une armée, infanterie, cavalerie, armes et bagazes... c'est expédilit'...
LISON
Fi ! l'horreur! si vous prenez cette vilaine ligure, je me sauve.
BOLCIIE-DE-EER.
Eh bien!... tu parlais tout <î l'heure de magots delà Cine... Laisse-moi dire mes trois mots, (ii marmotte.) Partez, muscade! (ii se change on magot.) !Me voilà en magot... qu'en dis-tu ?
LISON
Kli bien ! cela ne vous change pas du tout.
Lli cn.vT.
Ah ! oui, mais s'il fallait devenir pas plus gros qu'un colibri, vous ne pourriez pas.
BOUCHE-DE-I'ER
La niMiie eose. (a part.) Eh! parbleu! la bonne idée ! d'ailleurs ce sera extrêmement galant. (.\ Lison.) Tu vois ce petit oiseau que tu aimais tant et que tu as perdu... eh bien! tout à l'heure ça va ètfe moi.
LISON
Vous, en pinson !
BOUCHE-DE-FEU
Laisse-moi prendre mon élan.
LE CHAT, à l'ogre.
.1//Î ; Ah ! le bel'oiseau, maman.
Ah! le bel oiseau, vraiment!
Vous échoùrcz, je le gage ; De pareils moineaux, autant En eniporlera le vent.
BOUCHE-DE-FER, prenant son élan.
Ouvre la caze.
LE CHAT
Voici !
Ah ! pour vous quel avantage Si votre plumage, ici.
Ressemble à votre ramage !
(L'ogro marmotte ses paroles magiques, il tombe sur le canapé , et l'on voit le petit oiseau qui veut voler vers la coge. Le chat s'élance dessus et s'en saisit. On entend un grand coup de tonnerre et une main de fer entraine l'ogre au milieu dos flammes, j
. Monsieur l'ogre, à vos dépens Retenez bien cet adage :
Que les petits en tout teiiips Seront mangés par les grands.
^Le tonnerre ébranle les quatre statues et les fait tomber à bas Je leurs piédestaux.)
(|uati*ièiiie tableau
Un salon magnifique qui conduit au palais de la fée Luuii:ieuse.