GUSTAVE, FRÉDÉRIC
Frvi;i)i^Ric.
Ce clier Guslavc! quel boiilieiir de le retrouver! Je n'ai point oublié qu'au régiment tu étais mon guide, mon mentor, car j'étais un peu mauvais sujet, et je n'ai jamais fait grand'chose. Toi, c'est ditïérent : lu as toujours valu mieux que moi, j'en conviens. C'est toi qui payais mes dettes, et qui m'as sauvé je ne sais combien de coups d'épée, sans compter ceux que tu as reçus pour moi; et
ceux-là, VOislU bien, (Mettant la main sur son cœur.) ils SOnt Là ;
ça ne s'oublie pas. Mais, dis moi un peu, depuis que nous ne nous sommes vus, il me semble que ta sagesse a pris une teinte bien rembrunie.
GUSTAVE
Ma foi, mon cher, je crois que je deviens philosophe' : je m'ennuie; et si ce n'était pas payer tes services d'ingratitude, je te dirais que tout à l'heure j'ai été presque lâché lorsque tu as arrêté mes chevaux... Oui, mon ami, j'étais amoureux, j"ui été trahi; ça va te faire rire! moi, came désole. J'ignore ce que la perfule est devenue ; je ne m'en suis point informé. J'avais réalisé quelques fonds, envoyé ma démission de secrétaire d'ambassade, et je quittais la France lorsque je t'ai rencontré.
FRÉDÉRIC
AIR du vaucicville du Petit Courrier.
Par dépit nous fuir sans retour, Ah! certes, la folie est grande; Coni;oit-on, je te le demande.
Un Français qui se meurt d'amour?
Un guerrier constant qui se flatte Do flxer déjeunes beautés?
Enfin, un amant diplomate Qui croit à la foi des traité??
GUSTAVE, souriant.
Tu as raison : je suis un extravagant ; mais il ne s'agit pas ici de mes chagrins, parlons plutôt de ton bonheur : c'est le moyen de me les faire oubUer. II paraît que tu es dans une situation...
FRÉDÉRIC
Superbe, mon ami, et surtout bien extraordinaire. Je me marie, et ce n'est pas sans peine. Tu sais combien j'ai manqué de mariages ; je n'ai jamais pu en conclure un seul.
GUSTAVE
Oui, tu jouais de malheur : des duels, des rivaux...
FRÉDÉRIC
Et le chapitre des informations ! il y a des parents curieux qui veulent tout savoir! c'était cela qui me faisait toujours du tort; mais enfin je suis tombé sur un beau-père raisonnable : il pense qu'il faut que la jeunesse fasse des folies, ce qui est aussi mon système; et c'est ce. soir ([ue nous signons le contrat... Due tille unique, cinquante mille livres de rente, et je l'aime I... comme je les aimais toutes... car, franchement, je n'ai jamais eu de préférence marquée pour personne ; c'est encore une des considérations qui ont déterminé le beau-père.
AIR du vaudeville des Maris ont tort.
Oui, depuis qu'existe le monde, Cliacun dispute à tout propos Et sur la brune et sur la blonde.
Sur le Champagne et le lîordeaux.
A quoi bon toutes ces querelles?
Je n'ni jamais d'avis certains,
Et j'adore toutes les belles, Comme je bois do tous les vins.
GUSTAVE
Ma foi, mon cher, tu es lieureux, et je te félicite de ton mariage.
FRÉDÉRIC
Oh ! il n'est pas encore fait, et il y a bien des choses à dire. Tu sais que quelquefois je joue?
GUSTAVE
Quelquefois ! c'est-à-dire toujours.
FRÉnÉRIC.
Oui, par habitude, car je n'aime pas le jeu. L'hiver dernier, j'ai eu un bonheur admirable... près de soixante mille francs que j'ai gagnés! C'est dans ce moment-là que je me suis présenté au beau-père, qui m'a accepté; mais j'étais si content de me marier, que j'ai joué encore par passe-temps, car c'est toujours ma ressource quand j'ai de la joie ou du chagrin.
GUSTAVE
Eh bien?
FRÉDÉRIC
Eh bien! lu ne devines pas? (eq riant.) J'ai tout perdu, et il ne me reste rien ; ça n'est pas pour moi, ça m'est égal! je connais ces positions-là; mais c'est le beau-père, un brave homme qui m'avait accepte plus pour moi-même que pour ma fortune; une jeune personne charmante, qui m'adore, oui, qui m'adore, c'est le mot; tu sais que là-dessus je ne m'en fais pas accroire... et des présents de noce... une corbeille superbe qui arrive aujourd'hui, et que je ne sais trop comment payer! Voilà, je te l'avoue, ce qui me fait trembler pour mon cinquième mariage.
GUSTAVE
Comment, morbleu! ne suis-je pas là? et si une vingtaine de mille francs peuvent d'abord te suffire...
iOl COMÉDIES VAUDKVII.l.KS
FRÉDÉRIC, le serra -.1 dans ses bros.
AIR de l'révi/le cl Taconnct.
Mon omi, mon dieu tulélairc!
GUSTAVE
Ton bien jadis n'étail-il pas le mien, Lorsqu'avec moi lu partageais en frère ?
l'RÉDÉRIC.
Oui, de ce temps je me souvien,
De ce lemps-là je me souvien.
Nous apportions, toi, ce me semble, Crédit, fortune, esprit sage et rangé.
Moi, les défauts et les dettes que j'ai; Puis, sans Tiçon, nous mettions tout ensemble : ^'o;là comment j'ai toujours partagé.
GUSTAVE
El (luellc c.-t la l'uiurc?
FUÉDÉIUC.
Mais j'ai idée (|uc lu l'as connue à Paris, quand elle y haljilait. C'est la lille d'un ric'.ic négociant, M. Dormcuil.
Coinnienl, Cécile Dormcuil?
Fiuiniciiic.
Oui, Cécile; c'est elle-même.
GU.STAVE.
Va\ effet; je me rappelle l'avoir vue ([uelquefois. (Tirjuit son l'ortefcuiue.) Ticns, voilà toute la somme.
l'RÉDÉKIC.
J'espère fine cela ne te gène pas. \\\\ -bien ! (lu'as-ta ilonc?
GUSTAVi;.
lîien, mon ami, rien dn tout, je le jure. Mais je fais réllexion (pic la tamillc de ton beau-père est très-nombreuse,
• lUc lu as sans doule beaucoup de parents à loi,''or.
I,A SOMN AM liUI.li 103
FKliDKlUC.
l-lli bien ! (lu'imporlo'' n'es- lu pas mon ami? ça vaut bion un cousin ! d'aillcuis, il nie faut un témoin, et je compte sur toi. Et puis, tu ne t'imagines pas comme ma femme, comme mon beau-pùre, comme tout ce monde-là m'aime. Présenté par moi, lu vas voir (juel accueil on va te faire. Ils seront enchantés de te voir. Il n'y a pas jusqu'aux domestiques... IMarie... holà! quelqu'un! c'est que je suis le maître ici ; il faut bien ([u'on obéisse... Marie !