GUSTAVE, CÉCILE
Gustave se penche sur son fauteuil pour découvrir d'oii vient le bruit: Derrière lui, à droite, un des panneaux du pavillon près du fauteuil s'ouvre tout à coup, et l'on voit paraître Cécile en robe l.lanche très-simple; elb' a les bras nus, et sur le cou un très-petit fichu élégamment brodé; elle tient un flambeau à la main et s'avance lentement. Le panneau se referme de lui-même. Arrivée à la table près de laquelle dort Bnpti:te, elle )■ pose son flambeau.)
GUSTAVE
Qu'ai-je vu?... Cécile!...
CÉCILE, endormie.
J'ai cru qu'ils me poursuivaient ! qu'ils voulaient encore me faire signer... Non, je ne veux i)lus, surtout s'il est là 1
GUSTAVE
Qui peut causer, pendant son sommeil, l'agitation effrayante où je la vois ?
■118 COMÉDIKS VAUDEVILLES
CÉCILE, d'un air suppliant.
3Ion p:'re !... oui, vous avez raison... Cécile est bien malheureuse!... C'est fini... je suis mariée!... (Portant la
■main à sa tète comme pour sentir sa pnrure.) Oui, C est mOl fJUl
suis la mariée, car les voilà tous qui viennent me complimenter. (D'un air aimable et gracieux, et comme leur répondant.)
Merci, merci, mes amis ; oui, des vœux i)Our mon bonheur!... Jls ne me regardent plus... Si j'osais pleurer 1
GUSTAVE
Grands dieux !
CECILE, regardant autour d'elle.
Pourquoi m'a-t-on menée à ce bal?... Un bal... Vous savez que je n'aime plus le bal, que je ne veux plus y aller... (Traversant le théâtre, et allant à droite.) Oui , nOUS V voilà... (Elle salue, et s'asseoit sur le fauteuil qu'occupait Gustave.) 11
y a tant de monde dans ce salon, et il n'y est pas !... (Faisant un geste de surprise.) C'cst lul ! je l'ai apcrçu ! mais il se gardera bien de me parler, de danser avec moi : il ne danse qu'avec mademoiselle de Fiervilie !
GUSTAVE, vivement.
Mademoiselle de Fiervilie !...
CÉCILE
Ah! mon Dieu! comme mon cœur bat !... Il s'approche de
nous... (Froidement et comme pour répondre à une invitation.) AvCC
plaisir, monsieur... (vivement.) Il m'a invitée !... Que va-t-il me dire, et que lui répondre?... Je suis tâchée maintenant d'avoir accepté... Je voudrais que la contredanse ne comineni,u\t jamais... Ah ! mon Dieu ! je crois entendre... Oui, voilà le juélude !...
(L'orchestre jouo lo commencement de la contredanse que Cécile croit entendre. Elle se lève de dessus lo fauteuil et se met en place pour danser. Elle porto la main û ses bras comme pour arr.inger ses gai Is et préicnlo la main comme si un cavalier In lui tenait.)
LA SOMNAMUULK H9
GUSTAVE
Ail ! profitons de son erreur !
(il lui prend la mnin. — Peadant tout le temps qu'est censée duror la contredanse, l'orcliestre joue pianissimo, et avec des sourdines, l'air dr» la contredanse de A/»rt.)
CÉCILE
Sa main a pressé la mienne !... N'importe, soyons aussi
sévère... (D'un nir très-froid, et ayant l'air d'écouler.) Comment,
monsieur?... (Ayant toujours l'air d'écouter.) Cependant, ce qu'il dit là est assez raisonnable... S'il savait quel bien il me fait!... Quoi! monsieur, vous ne l'aimez pas?... Ah ! j'ai bien envie de le croire... Que je vous réponde?... Tout ù l'heure... Vous voyez que c'est à moi de danser, (eiio danse
toute une figure; elle va en nvant, traverse et va ù droite et à gauche, en tournant le dos au spectateur : sur la derniùre reprise elle s'arrête brusquement. La musique cesse ; la contredanse est censée finie. EI'.c retourne à sa place et fait la révérence comme pour remercier son cavalier. Elle s'asseoit toujours sur le même fauteuil, arrange sa robe comme pour faire une place à côté d'elle à Gustave , puis a l'air do lui adresser la parole et de continuer une conversation déjà commencée.) ^ OUS ÔtCS
heureux... et moi donc!... Combien je suis contente que nous soyons raccommodés!... Vous ne savez donc pas qu'on voulait me marier? et bien malgré moi, encore!... 3Iais, tenez, le voilà cet anneau que vous m'avez donné, et ce qui me faisait le plus de peine, c'est qu'il aurait fallu le quitter.
GUSTAVE, douloureusement.
Pauvre Cécile !
CÉCILE
Oui, il l'aurait bien fallu... Je vous aurais dit : Reprenezle; car, pour moi, je n'aurais jamais eu la force de vous le rendre.
GUSTAVE
Ah ! malheureux que je suis !
AIR .-Donnez donc mes chères amours. {Le liepos.) Hélas i à son dernier désir
Je saurai du moins obéir, (il retire l'anneau du doigt de Cécile et le met au sien.)
CÉCILE
Rien ne peut plus nous désunir.
GLSTAVK.
Ah ! que son erreur se prolonge, Puisque mon bonheur n'est qu'un songe I
Eu semble.
GUST.VVE
Dormez donc, mes seules amours, Pour mon bonheur, dormez toujours !
Dormez donc, mes seules amours,
Dormez, dormez, Pour mon bonheur, dormez toujours.
CÉCILE
Oui, mon cœur gardera toujours.
Le souvenir de nos amours, Oui, mon cœur gardera toujours
Toujoiu's, toujours, Le souvenir de nos ;imours.
Mon Dieu, la soirée est déjà finie... il faut déjà se séparer... Il me semble que je n'ai jamais tant aimé le bal. Voilà qu'on m'apporte mon scliall... Sans doute la voilure est arrivée, et mon père m'attend. (Baissant les épaules comiiu> pour mettrs un scliall.) Adicu, Gustavo ! VOUS viendrez nous voir
demain, (croisant ses mains sur sa poitrine comme pour tenir son scliall.
«t faisant en môme temps le geste do tenir sa polisse.) Adiou.
(Elle fait quelques pas dans le fond, rencontre lo fauteuil qui est e:ilrii le paravent et le panneau par lequel elle est entrée; elle s'assied sur le fauteuil, et s'endort paisiblement. — Musique. — Baptiste, qui vers la fin de la scène précédente a déjà étendu les bras et s'est frotté les yeux, les ouvre dans le moment et se trouve en face do Cécile, qu'il prend pour le fantôme. Tremblant do croiulo, il tombe sur ses gor.ouN. sans oser regarder.)
Mons... icur... eur..
Tais- loi !
BAPTISTE
GUSTAVE