ARTHUR, MARIE
11 est donc vrai, vous nous quittez ?
ARTHUR
Oui, Marie, et c'est moi qui serai le plus à plaindre; car toi, tu resteras ici, tu t'établiras dans ce village.
MARIE, Tivement.
Moi, jamais, milord ; ne vous l'ai-je pas dit ce matin?
ARTHUR, la regardant avec intérêt.
En effet. (Après un silence.) Marie, je suis ton ami, ton meilleur ami... parle-moi franchement, n'aurais-tu pas de l'amour pour quelqu'un ?...
MARIE, hésitant.
Je crois que oui.
ARTHUR, ému, et douloureusement.
Comment, j'aurais duviné juste ?
AIR : Je t'aimerai. (Blangini.) Premier couplet.
Quoi ! vous aimez sans espérance ?
MARife.
Aucune.
ARTHUR
Son rang peut-être empêche un nœud si doux ? MARIE.
Non, grâce au ciel, sa naissance est commune.
ARTHUR
Et croyez-vous qu'il ait de la, fortune?
MARIE. t
Pas plus que vous. {Bis.) ScBiBE. — Œuvres complètes. Iluie Série. 5™e Vol. H
Deuxième couplet.
ARTIU'R.
Vous aime-t-il ?
MARIE
Hélas! il me délaisse; Jamais pourtant je n'aurai d'autre .époux.
ARTHUR
Quoi! lui garder une telle tendresse!
Et croyez-vous au moins qu'il la connaisse?
MARIE, avec expression.
Pas plus que vous. [Bis.)
ARTHUR, à part.
Quelle idée! (changeant d'intention.) Eh bien! Marie, j'ai aussi un conseil à te demander : je t'avais parlé ce matin d'un mariage...
MARIE, vivement.
Oui, mais vous m'aviez dit aussi, je crois, que vous n'aimiez pas la personne.
ARTHUR, l'observant.
C'est vrai, Marie; d'ailleurs un mariage de convenance, c'était bon lorsuue j'avais de la fortune.
MARIE
Sans doute, vous aviez l'iiabitudc de vous passer de bonheur; mainlcnanl que vous n'avez plus rien, il faut songer à être heureux.
ARTHUR
Oui; mai.-; ce lioulieur, je ne pourrais le trouver qu'auprrs d'une personne qui m'aimerait, et aujouid liai que je suis privé de mes riciiesses...
MARIE
J'entends bien, vous seriez oliligé d'épouser quoiqu'un (pii vous aimât pour vous-même... Dame! en cherchant bien... ça peut se trouver.
l'knnui l8;j
AUTHL'K, lui prcMiiiiit lu iiiiiin.
A la bonne heure ; mais, sui)pos6 que cette personne-là existât, ne seiais-je pas nioi-niririe bien peu généreux de lui avouer mon amour quand je n'ai plus rien à lui offrir?
MARIE, nvoc tendresse.
Qu'importe! offrez toujours.
Ç AUTIIUR, avec feu.
Marie, je te dois les plus doux instants que j'aie encore goûtes ; oui, je t'aime, je l'aimerai toujours, nous ne nous quitterons plus, tu seras ma femme, mon amie!... .Marie, le veux- tu ?
MARIE, avec joie.
Si je le veux ! Ali ! que c'est beureux pourtant que vous ayez tout perdu !