SCENE X
ALEXIS, dans l'arbre, GERVAIS, M">^ SIMONNEAU, arrivant d'un autre côté.
GERVAIS, sans voir Alexis.
Ah ! VOUS voilà, ma chère voisine !
ALEXIS, à part.
Tiens... le père Gervais que j' croyais à la petite rivière.
(il reste dans le cerisier et mange.)
Vous me trouvez dans un her embarras...
M"^ SIMONNEAU
Voisin, voyons, voyons, mon cher... je reviens du sermon et je suis en état de vous donner un bon conseil...
GERVAIS
L'arrivée de M. Duîbur et de son fils me met la tôte à l'envers.
ALEXIS, à part.
Qu'est-ce qu'il dit donc? notre arrivée...
M™'= SIMONNEAU
Comment?
GERVAIS
C'est au sujet des six cents Irancs que je vous ai promis et que M. Dut'our me redemande... (La regardant.) parce qu'enfin, il vous les faut...
M"'"' SIMONNEAU
Oii ! sans ça, pas de mariage...
GERVAIS
C'est embarrassant parce qu'on est honnête... et la conscience avant tout.
M™" SIMONNEAU
Oh ! c'est juste ; mais si vous empruntiez ?...
J'y avais déjà pensé... mais voyez-vous, il est dur de donner d' gros intérêts.
M"e SIMOXNEAU.
Monsieur Dufour vous en faisait-il payer?
GERVAIS
Du tout... c'est un brave homme... et v'ià pourquoi j' tiendrais à garder son argent... il faudrait donc trouver un moyen, voyez-vous... pour le forcer malgré lui à me donner du temps.
AIR : Un homme pour faire un lablcau. {Les Hasards de la guerre.)
J' sais qu'il a besoin d' son argent, Mais j'en ai plus besoin qu' personne.
M"'' SIMONNEAU
Et puis tout s'excuse aisément Lorsque l'intention est bonne.
Quel est voire but ?
GERVAIS
De chercher A bien marier notre fille, Et l'on n'a rien à se r'procher Quand on travaill' pour sa famille.
ALEXIS, à part.
Eh bien ! pour d'honnêtes gens, ils ont une drôle de conscience.
M"^ SIMONNEAU
Les six cents francs sont chez vous?
Dans un sac vert étiqueté... qui est caché au fond d' ma paillasse...
M"« SIMONNEAU
Si VOUS supposiez... un malheur... un accident... cela arrive tous les jours...
GERVAIS
Ah ! la bonne idée, jarni ! si on m'avait volé le sac vert... hein... justement la fenêtre de ma chambre donne dans la petite ruelle... je peux laisser la fenêtre ouverte... et voyezvous, dans une heure : « Ah ! mon Dieu... quel événement... •( on s'est introduit chez moi... l'on m'a dérobé six « cents francs !... ■)
M"" SIMON'NEAU
Et moi donc !... « Comment, mon voisin... mais c'est une « horreur... une infamie! ce pauvre Gervais!... » tout le monde vous plaindra... et M. Dufour. à moins d'être un juif, ne peut se dispenser de vous donner du temps.
GERVAIS
C'est dit... je suis volé... mais le bourgeois peut revenir d'un instant à l'autre, je cours ouvrir la fenêtre de ma chambre... ensuite je fais ma tournée dans mes écuries, dans mes greniers... vous comprenez.
AIR : L'umuiir, l'estime et l'amitic. {Léonce.)
Et quand ils reviendront chez nous, Le coup sera fait, ma voisine.
M"^® SIMONNEAU
\'oisin, je vois d'ici leur mine.
GERVAIS
El j' les entends qui diï^ont tous : - •
« Père Gervais, consolez-vous 1 »
Comme ils vont tous mordre à la grappe ! Quel tour d'exciter leur pilic, Et d' conserver, sans qu'on vous drape, L'argent, l'estime et l'amitié Des honnêtes gens qu'on attrape !
(ils rentrent tous doux.)
LA CAMP AON K , 29