SCÈNE XIII
Les mêmes ; GROSJEAN.
GROSJEAN.
Même air.
Eli! quoi donc, {Bis.) Madeleine, Poiirijuoi fais-lu donc, Mad'lon, Tant d' façon ?
Oui, tout d' bon, [Bis.)
Ma reine, Du canton J' suis 1' plus beau garçon.
Ah çà!... ah çà!... mamz'olle, il paraît que j' Ions bien d'arriver... j' m'ai douté qu'il y avait quelqu' anguille sous roche... quand j'ai vu Eustaclio... qui rôdait autour d' vos cochons...
EUSTACHE
Oui... quand je vous ai arrêtai. , où couriez-vous donc comme (;a du côté de la petite rivière?...
GROSJEAN.
Du côté de la rivière... (Bas « Modeioino.) Une autre fois je vous attendrai au petit bois des noisetiers... c'est joli d' faire trimer le monde comme ça...
MADELEINE, bas.
Est-ce que j'ai pu donc... c't' Eustache ne me quitte pa« plus qu' son ombre... (A (.nn.) Ah! mon Dieu! cl Piurrot qui m'attend !... (Haut.) Làchez-moi donc...
GROSJEAN, In retenant.
Non... non, faut vous expliquer entre nous.
LA. GAMPAGNl!:
SI
EUSTACHE
Oui, prononvais... parce que je dois vous épouser... etque pourtant Grosjean dit que vous l'aimai... grosjean.
Tiens... Euslache dit bien qu'il a votre amiquié.
MADELEINE
Fi ! que c'est vilain de se vanter comme ra... vous mentais tous les deux...
EirSTACUE.
Dame ! il l'a dit et il a même parié.
GROSJEAN.
Et il a parié aussi...
MADELEINE, feignant de pleurer.
C'est affreux!... entcndais-vous... de calomnier une pauvre fdle... qu'a d' l'honneur de reste... ah! ah! ah! en fait d' vartu... je n' crains rien da, tous les garçons du village savent c' qui en est... haï... haï... haï...
GROSJEAN.
Allons... allons, n' faut pas pleurer, j' sommes des vieux routiers qu'on n' fait pas aller... ainsi dites clairement celui que vous préférez...
MADELEINE, les regardant l'un après l'autre.
Mon Dieu !... mon Dieu... comme vous me pressai !.. estce que c'ti-là qu' j'aimons... ne le sait pas bien... est-ce que je peux lui dire plus clairement... (Baissant les y,-ux.) surtout... devant le monde...
AIR d'Ambroise.
G' n'y a-t-y pas certaines avances, G' n'y a-t-y pas certain's préférences
Qui doiv'nt montrer clair' comm' le jour,
C'ti-là pour qui j'ai de l'amour?
(Les regardant tous deux.)
Hier encor, c' soufflet si tendre...
Comment... on ne s'en souvient point?... Enfin... puisqu'il faut m' faire entendre... (Donnant à l'un un coup de pied et à l'autre un coup de poing )
EUSTACHE, avec sentiment.
Ah ! quel coup d' pied...
GROSJEAN.
Ah! quel coup d' poing ..
EUSTACHE et GHOSJEAN.
Oui... j'ai fort bien su la comi)rcndre, De mon bonheur je "h' doute point!
EUSTACHE
Allons, puisque c'est dit et prononcé, je n'ai plus de jalousie.
GROSJEAN.
Ni moi non plus... je n'eii voulons plus éprouver en tout. . et la preuve... c'est que j'avons là des provisions et que j'allons goûter tous trois pour faire la paix.
EUSTACHE
Bien dit... asseyons-nous au pied de ce cerisier... viens, Madeleine...
MADELEINE, tirant son couteau.
Est-ce que vous avez queuque chose de bon?...
GROSJEAN, souriant.
J' crois bon... un fameux morceau... mais faut pas qu'on nous voie...
(il regarde de tous côtés.) Ei;STACIIE.
Un quartier d' lard ou d' salé?
GROSJEAN.
Mieux qu'ra... un pâté !...
(il le tire do sa pjche.) MADELEINE.
Ah! j'en ai jamais mangé!... <;a doit rire lièremcnt bon...
ALEXIS, à port.
Dieux !... c'est notre pâté que nous avions perdu ce matin... les coquins !...
EUSTACHE, le coupant.
Oh!... y a d' la farce... (lu mangent.) Mais dis donc, Gros- Jean... il ressemble à celui... tu sais ben...
GllOSJEAN.
Chut... chut donc !... les cahots ça l'a t'ait tomber dans un fossé... et c' qui tombe dans 1' fossé... c'est peur le paysan... hi! hi! lii!...
EL'STACHE.
C'est juste... respect aux propriétés... mais c' qu'on trouve
sur les clieminS... (il tire de sa pocho deux bouteilles de vin.) C'ost
comme ces deux bouteilles qu'étaient à côté du pâté... elles ont ghssé sur 1' sable... et en faisant ma ronde... (ii le? débouche.) A vous, mam'zelle...
ALEXIS, à part.
Et notre vin de Bordeaux!...
MAnELHINE, après avoir bu.
Il est chenu tout d' même... mais malgré (;.a...
(a part.) AIH dol Senor liavoco.
Moi, c' qui m' fait do la peine.
C'est Piarrot qui m'attend...
EUSTACHE et GROSJEAN.
A ta santé, Madeleine !
Faut nous répondr' sur-le-champ.
MADELEINE trinque avec eux deux en disant à part. A ta santé, Piarrot, Oh!
ALEXIS, sur l'urbre.
C'est mon vin qu'on boit là !
EUSTACHE et GROSJEAN, se frottant l'estomac avec plaisir.
Ah !...
Et c' Parisien... c' nigaud,
Oh!
Comme il aval' tout ça...
ALEXIS, se découvrant.
Ah!
Ah! c'est trop fort... je ne souffrirai pas!... (criant.) Comment! voleurs que vous êtes... c'est donc ainsi que vous abusez de la confiance des étrangers...
TOUS
Ah! mon Dieu !...
ALEXIS, toujours dans l'arbre.
Je vais vous faire tous arrêter... Au voleur !... au voleur!...
EUSTACHE, criant plus fort.
C'est vous qu' êtes un voleur... entendez-vous... ah! vous montez dans les arbres d' la commune... y aura procèsverbal.
ALEXIS
Oui... oui... procès-verbal, je m'en moque; et toi, petite vertu de village, c'est donc ainsi que tu repousses les amoureux?
MADELEINE
C'est plutôt vous qui voulez séduire les honnêtes filles... et qui leur tenez des propos.
GROSJEAN.
Ah! c'est un suborneur...
EUSTACHE
Et un voleur... Attends! attends... co([uin !
(ils prennent cbacun une gaule et lui en donnent des coups. )
CHOEUR
AIH : Au volciii" ' ;iu voleur
Au voleur ! (R/s.) II vient manger nos cerises,
Au voleur! (Bis.) Par lui nos filles sont prises, II vient manger nos cerises, Par lui nos filles sont prises; C'est un lâche suborneur Et de plus c'est un voleur.
(ils sortent.)